“La perte d’autonomie alimentaire a commencé avec l’arrivée du train”

“Avec les première locomotives à vapeur, l'agriculture s'est spécialisée à outrance”, selon Philippe Baret, docteur en agronomie, professeur à l'UCL.

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La tension politique actuelle entre l’Europe et le Brésil, notamment à propos de la production du soja et de son prix, repose la question de la diversification de notre agriculture et de notre autonomie. Ce sujet est évoqué cette semaine dans Moustique. Philippe Baret, doyen de la Faculté des bioingénieurs à l’UCL nous donne un éclairage historique sur cette question: “La perte d’autonomie est plus ancienne que les différentes crises d’après-guerre que l’on évoque souvent. En réalité, tout a commencé avec l’arrivée des premières locomotives à vapeur. Dès ce moment-là, on a spécialisé l’agriculture. On a par exemple arrêté de produire du lait à Bruxelles et on l’a plutôt fait dans le pays de Herve. En Hesbaye, les céréales et les betteraves sont devenus une priorité.”

Concurrence des matières grasses

Ce système-là a encore été aggravé par les grandes compagnies alimentaires à partir des années 60-70: “Il y a eu des combats sur les prix et les matières grasses dans le monde entier. L’huile de Palme est arrivée et le beurre a été écarté dans certains produits. On a produit de l’huile de Palme en masse dans certaines parties du monde.”

Destandardiser les produits

Comment réussir à remettre notre alimentation sur les rails? Philippe Baret, docteur en agronomie, professeur à l’UCL, est très clair à ce sujet: “Il faut destandariser les produits, recommencer à consommer des produits locaux et des circuits-courts. Il faut donc en priorité requalifié le produit avec une filière régionale pour qu’il retrouve tout son sens et sa qualité. Certaines enseignes commencent à le faire. Le bio est aussi une solution, mais il doit être local sans quoi il va aussi être standardisé à l’autre bout du monde.“

Relocalisé et requalifié le produit, c’est une priorité donc: “Ce sera difficile à mettre en oeuvre, mais c’est la seule solution à long terme. Nous nous trouvons dans un temps de transition indispensable. Chaque acteur et les consommateurs doivent tous s’impliquer dans ce virage.”

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