Pour la ville de San Francisco, la NRA est une « organisation terroriste intérieure »

La mairie de la "City by the Bay" invite les autres villes américaines à la rejoindre après un vote symbolique décrivant le puissant lobby américain des armes à feu d’organisation terroriste.

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Aux États-Unis, la dernière fusillade date d’il y a à peine une semaine. Dans ce pays détenant le record du nombre de fusillades dans le monde, on décombrait début août 348 morts dans 297 fusillades de masse rien que pour l’année 2019. Si l’on y ajoute celle du 31 août dernier, le bilan monte à 355 décès. C’est beaucoup. Beaucoup trop. Et si chacun de ces drames relance l’éternel débat sur le contrôle de la circulation des armes à feu, rien ne semble décider le gouvernement américain à prendre des mesures drastiques et immédiates. Avec Donald Trump à la tête des États-Unis, on doute que ces actions demandées par de nombreuses associations et citoyens soient menées de sitôt. Même avec la meilleure volonté du monde, Barack Obama n’avait cessé de se heurter à la toute-puissante National Rifle Association, le lobby des armes américain, durant ses huit années de mandat présidentiel. Le contrôle des armes à feu restera sans doute l’un de ses plus grands échecs.

Si la Maison Blanche semble ligotée par la NRA, la ville de San Francisco (connue pour son caractère avant-gardiste) vient de déclarer la guerre au puissant lobby. Le conseil de surveillance de San Francisco a adopté à l’unanimité une résolution désignant la National Rifle Association d' »organisation de terrorisme intérieur ». Le conseil encourage d’autres villes et États, ainsi que le gouvernement fédéral, à faire de même. « La NRA existe pour diffuser de la désinformation et mettre sciemment des armes entre les mains de ceux qui pourraient nous nuire et nous terroriser, en bloquant les lois de prévention de la violence armée et en préconisant des lois dangereuses comme la loi “Stand your Ground”, le port d’armes sans permis et les armes dans les écoles, de la maternelle à l’université », a déclaré Catherine Stefani, la représentante à l’origine de ce texte. « Des gens meurent tous les jours dans ce pays à cause des violences par armes à feu. Ne rien faire n’est pas une option. C’est pourtant l’attitude de la NRA. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour les dénoncer pour ce qu’ils sont : une organisation terroriste intérieure », a-t-elle déclaré.

Mme Stefani accuse également le lobby de misogynie puisque celui-ci envisage la possibilité d’armer des auteurs de violences domestiques. Comme la France et la Belgique, les États-Unis présentent un haut taux de féminicides. En moyenne, au moins 52 femmes y sont abattues, tous les mois, par leur compagnon.

Aucun poids

Cette résolution votée par les conseillers municipaux de la ville n’a aucun pouvoir législatif. La ville espère juste (encore) déclencher le débat. Si les propos sont forts, Catherine Stefani explique se référer à la définition du ministère de la Justice considérant comme terroriste toute organisation fournissant des armes utilisées pour des actes terroristes. Ne pouvant pas rester de marbre face à ces « accusations », la NRA a répondu sur Twitter : « Demandez à ceux qui ont perdu un proche le 11-Septembre, qui sont les vraies victimes du terrorisme. La NRA constitue le tissu social des États-Unis. San Francisco devrait avoir honte ». De façon plus officielle, le lobby a répondu par communiqué, expliquant que cette résolution « vise à détourner l’attention des vrais problèmes auxquels San Francisco est confrontée, tels que la prolifération des SDF, l’abus de drogues et la montée en flèche de la petite criminalité, pour n’en citer que quelques-uns », promettant qu’il continuera à « travailler pour protéger les droits constitutionnels de tous les Américains épris de liberté ».

École pare-balles

Parmi les centaines de fusillades ayant frappé les États-Unis, certaines ont eu lieu dans des écoles. Depuis la tuerie de Columbine en 1999, plus de 228 000 étudiants ont été exposés à la violence des armes à feu durant les heures de classe. Pour faire face à ce problème, le lycée de Fruitport (Michigan) a trouvé une solution pour le moins controversée. L’école a en effet été expressément conçue pour faire face aux tueries de masse : murs courbés pour “couper la visée d’un tireur”, système de verrouillage spécifique, vitres pare-balles et murets dans les classes et couloirs pour permettre aux élèves de se cacher… Budget des travaux ? 48 millions de dollars. Plutôt que de traiter le problème à sa source, le pays de l’Oncle Sam semble avoir opté pour un renforcement de sa sécurité, quitte à transformer les écoles en camp d’entraînement. « La construction de ce lycée fait partie d’une sombre réalité pour les écoles, qui se préparent méthodiquement aux massacres comme s’il s’agissait de leçons ou de quiz », notait à ce sujet le Washington Post en août dernier. “Nous échouons totalement en tant que société quand nous construisons des écoles adaptées aux tireurs plutôt qu’aux étudiants”, a commenté sur Twitter Hillary Clinton.

Mardi, c’est le géant de la distribution Walmart qui s’en prenait à son tour à la toute-puissance des armes à feu. L’entreprise met fin à la vente de munitions pour armes semi-automatiques. Walmart demande également à ses clients de ne pas déambuler dans ses enseignes avec des armes à feu à la vue de tous dans les États où il est autorisé de les porter de manière visible. Pour la NRA, l’entreprise a « succombé à la pression des élites anti-armes ».

Vacances à risques

Destination privilégiée pour de nombreux touristes, les États-Unis risquent-ils de perdre des voyageurs en laissant la NRA dicter sa loi ? De plus en plus de pays considèrent le pays de l’Oncle Sam comme une « destination dangereuse », relaye le média Slate. Après les deux fusillades du 3 août (El paso et Dayton), le ministère des affaires étrangères uruguayen a  par exemple conseillé aux parents de ne pas emmener leurs enfants dans des foules. Le Venezuela a été plus loin en recommandant carrément aux touristes de reporter leur voyage au vu de la « multiplication d’actes de violence et de crimes motivés par la haine (le tueur d’El Paso visait particulièrement des Mexicains, NDLR.)« .  Les pays d’Amérique du Sud ne sont pas les seuls à craindre pour leurs ressortissants. La Nouvelle-Zélande invite à une « prudence accrue », soulignant le caractère « indiscriminé » des fusillades pouvant survenir n’importe où « y compris dans des lieux touristiques ». Dans ses conseils aux voyageurs, l’Irlande mentionne également les « fusillades de masse survenue ces dernières années ». En faisant l’autruche face aux nombreux appels à la régulation du port d’armes, la NRA n’améliore certainement pas la situation de son pays. Quitte à le rendre infréquentable ?

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