L’enseignement flamand dans tous ses états

Pénurie de profs aggravée, réseaux en crise, qualité en chute libre, inégalités grandissantes et tensions politiques: le système éducatif au nord du pays ne fait plus envie. 

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Et si les Francophones étaient pour une fois l’exemple à suivre ? Et s’il fallait en passer par un Pacte d’excellence ? La question se pose très sérieusement chez les flamands. La dénomination de la réforme serait évidemment différente. Son contenu également. Et la future majorité flamande N-VA-CD&V-Open VLD réchignera à se référer explicitement aux Francophones. Mais l’enseignement se trouve officiellement en crise au nord du pays. Plusieurs indicateurs aux enquêtes de qualité Pisa sont en chute libre. Les acteurs du secteur sont les premiers à le reconnaître, le monde politique n’est pas en reste. Du côté des différentes formations, la pilule s’avère difficile à avaler. Avec 12 milliards d’euros, l’enseignement dévore en effet plus d’un quart du budget annuel régional. Sans compter que la qualité du système éducatif a longtemps représenté une motif de fierté. Le choc est donc dur à encaisser et le verdict sans appel : il faudra donc en passer par des réformes.

Pas assez de profs

Le problème ne se résume pas aux récents mauvais résultats lors des enquêtes internationales. Le plus grave et le plus urgent réside dans la pénurie d’enseignants. Dans certains réseaux, on explique y être confronté pour la première fois avant le début de l’année. «Des classes sans enseignants dès la rentrée, cela arrive normalement plus tard», insiste cette semaine Raymonda Verdyck, la patronne d’un des plus importants réseaux d’écoles, sur un plateau de télévision. Un signe qui ne trompe pas: les offres d’emploi pour un poste de prof mises en ligne cet été sur le site du VDAB (l’équivalent flamand d’Actiris ou du Forem) ont gonflé d’un tiers par rapport à l’année dernière. En outre, si la qualité a tendance à baisser, l’égalité des chances est également dans le dur. Les élèves plus précarisés ont de plus en plus de difficultés à suivre. Le nombre d’enfants qui ne parlent pas néerlandais à la maison augmente et les écoles ont du mal à s’adapter à cette nouvelle donne. Enfin, last but not least, les différents réseaux qui structurent le système éducatif font face en interne à des fortes dissensions sur les solutions à choisir. Et doivent en même temps faire face au feu roulant de la N-VA, laquelle cherche à affaiblir le CD&V à travers son pilier socio-chrétien.

Un dossier très politique

La N-VA, justement, devrait sans doute s’emparer de la compétence au moment de la mise en place du gouvernement. L’ancien ministre régional de la Mobilité, Ben Weyts, est d’ailleurs pressenti, relate ce vendredi De Tijd. Les dossiers prioritaires sont connus : outre ceux cités plus haut, la pénurie d’écoles et la construction de bâtiments scolaire. Certaines réformes comme le décret M, grâce auquel davantage d’enfants avec des besoins spécifiques intègrent des classes normales sont, quant à elles, sur le grill. Les prérogatives et la puissance des réseaux ne devraient également pas en sortir indemnes. Une certitude : le sujet est explosif et le débat, qui fait rage sous l’impulsion de la N-VA, se résume en partie à ceci : peut-on conjuguer hausse de la qualité et égalité des chances? Pour les nationalistes flamands, la réponse ne s’avère pas spécialement positive.

Une histoire belge?

Bref, plus souvent qu’on ne le pense, certains problèmes se ressemblent des deux côtés de la frontière linguistique (Anvers est au minimum aussi embouteillée que Bruxelles). Même s’il faut le préciser, sur le plan de la qualité et du redoublement, le compteur s’avère indubitablement plus dans le rouge du côté francophone. Autre point commun entre les deux régions : la fin de la mainmise socio-chrétienne sur l’enseignement. Comme le CDH, le CD&V possédait le portefeuille ministériel depuis plus d’une décennie. Et à l’instar de son homologue francophone, il lui faudra probablement aussi le lâcher cette fois. Nul doute que les Flamands scruteront avec intérêt la mise en place des prochaines réformes du Pacte d’Excellence. Un processus, faut-il le rappeler, à l’issue incertaine et dont certains effets ne devraient se faire sentir qu’à l’horizon 2030. Il faudra être patient.

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