Un premier décès lié à la cigarette électronique relance le débat sur les dangers du vapotage

Un américain est décédé suite à l’utilisation de produits de vapotage. Pendant ce temps-là, Juul Labs, le leader de ce secteur aux États-Unis, prépare son entrée sur le marché belge. Mauvais timing.

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Le hasard fait parfois mal les choses. Alors qu’un premier décès lié à la cigarette électronique est signalé aux États-Unis, l’entreprise montante Juul Labs prépare elle son arrivée chez nous le 17 septembre prochain. Déjà présente dans 17 pays (dont la France, l’Allemagne, la Suisse et le Royaume-Uni), la petite start-up devenue grande propose à ses clients « une e-cigarette compacte, qui se recharge via ordinateur et qui n’est pas plus grosse qu’une clé USB ». Les motivations officielles de l’entreprise ? Proposer aux fumeurs des alternatives moins nocives pour, in fine, les aider à arrêter de fumer. Jolie communication.

Un mort et des questions

Depuis son entrée sur le marché, la cigarette électronique fait débat. Aide-t-elle vraiment à arrêter de fumer ? Que trouve-t-on dans le liquide de vapotage ? Serait-elle plus dangereuse encore que la cigarette « classique » ? Ce flux de questions n’est pas prêt de s’arrêter, puisque le 22 août dernier, une personne serait potentiellement décédée à cause de l’e-cig. « Nous avons été informés du décès d’un adulte qui avait été hospitalisé pour une grave maladie respiratoire inexpliquée, après avoir vapoté », a déclaré la directrice médicale de l’État américain de l’Illinois. « La gravité de la maladie dont souffrent les gens est alarmante. Il faut que tout le monde sache que les cigarettes électroniques et le vapotage peuvent être dangereux », a-t-elle poursuivi. Cependant, le lien entre le décès du patient et le vapotage n’a pas encore été prouvé. Les substances et marques potentiellement impliquées restent également inconnues.

Suite à ce décès suspect, Santé Canada a de son côté publié un message d’avertissement hier, conseillant aux Canadiens qui utilisent l’e-cig de surveiller l’apparition de plusieurs symptômes tels que la toux, l’essoufflement ou une douleur thoracique. « Le vapotage n’est pas sans risque, et ses possibles effets à long terme ne sont toujours pas connus. Les personnes qui ne fument pas, les personnes enceintes et les jeunes ne devraient pas vapoter », souligne l’organisme. L’institut américaine Johns Hopkins met également en garde contre l’utilisation de l’e-cig.

Sur les réseaux sociaux, une Américaine nommée Maddie Nelson tire la sonnette d’alarme. Âgée de 18 ans, elle impute sa récente hospitalisation puis son placement en coma artificiel au vapotage.

Idole des jeunes

Le cas de Maddie Nelson n’est pas unique. Depuis fin juin 2019, les autorités sanitaires fédérales ont recensé 193 cas potentiels de maladies pulmonaires sévères associés à du vapotage. Toux, gênes respiratoires, fatigue et étourdissements étaient les principaux symptômes relevés par les services de santé de l’Illinois, du Minnesota et du Wisconsin. La popularité de l’e-cig auprès des adolescents inquiète particulièrement les autorités américaines. Dans le pays de l’Oncle Sam, 3,6 millions de collégiens et lycéens l’ont fumée en 2018, selon les Centres de contrôle des maladies.

Doit-on craindre pour la santé de nos jeunes avec l’arrivée de ce nouvel acteur sur le marché de la vapotte ? Interviewée par la RTBF, la pneumologue belge Laurence Hanssens constate une utilisation beaucoup moins forte de la cigarette électronique par nos ados que par les Américains. « Publiquement, je la vois très peu consommée chez les adolescents belges. Elle est moins tendance chez nous que dans les pays voisins. Du feed-back que nous avons à l’hôpital des enfants, on constate qu’il y a une dé-normalisation de l’utilisation de la cigarette. Les enfants se rendent compte que c’est toxique et qu’il n’est pas normal de passer par l’étape de la cigarette pour traverser l’étape de l’adolescence. »

Revoir ses normes à la baisse

En arrivant dans notre plat pays, l’entreprise Juul Labs devra s’adapter aux normes européennes. Tandis qu’aux États-Unis, la dose de nicotine contenue dans une recharge est de 59 mg/ml, la directive européenne sur les produits du tabac a fixé cette limite à 20mg/ml. En Belgique, la start-up commercialisera donc deux doses: 9 mg/ml et 18 mg/ml.

D’après les autorités sanitaires britanniques, l’e-cigarette est jusqu’à 95% moins nocive que la cigarette combustible. Seule de la nicotine est en effet inhalée, via les sels de nicotine utilisés dans la nouvelle génération d’e-cig. “Les produits JUUL comprennent de la nicotine de qualité pharmaceutique hautement purifiée”, explique la société. “Le sel de nicotine est le produit obtenu en mélangeant la nicotine et l’acide benzoïque. Lorsqu’il est vaporisé et inhalé, le sel de nicotine fournit à l’utilisateur une distribution de nicotine imitant étroitement celle obtenue à partir d’une cigarette”. Analysée par des scientifiques depuis de nombreuses années, la nicotine est addictive et affecte le développement du cerveau avant 25 ans. Et si les e-cig ne contiennent pas les nombreuses susbtances cancérigènes présentes dans les cigarettes « normales », leur vapeur comprend néanmoins des particules fines qui pénètrent dans les poumons et dont l’effet reste inconnu. 

Si le but de Juul Labs est, comme le prétend glorieusement l’entreprise, “changer la vie du milliard de fumeurs adultes dans le monde”, elle aura certainement du travail chez nous. La Belgique compte près de 2 millions de fumeurs adultes (23% de la population), et seulement 3% d’entre eux utilisent la cigarette électronique…

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