Les perturbateurs endocriniens sont partout, comment les éviter?

Une étude inédite de Santé publique France révèle que ces substances toxiques sont présentes dans les organismes de tous les adultes et enfants testés. La situation belge n’est pas meilleure. Dès lors, comment se protéger des perturbateurs endocriniens ? On a posé la question à un toxicologue.

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Bisphénols, phtalates, parabens, éthers de glycol, retardateurs de flamme bromés, composés fluorés… Ces composés sont omniprésents dans notre vie quotidienne : de notre douche matinale au repas du soir en passant par nos vêtements. Plus couramment appelés les « perturbateurs endocriniens », PE pour les intimes, ces polluants sont responsables d’une multitude de troubles et pathologies : obésité, baisse du quotient intellectuel, cancers, etc.

C’est la première fois que Santé publique France a mesuré la présence de ces polluants « du quotidien » dans l’organisme d’enfants et d’adultes. Au total, les organismes de 1.104 enfants et 2.503 adultes ont été analysés et tous présentent des traces de ces substances…

Si l’on pouvait tenter de se rassurer en se disant que cette étude ne concerne que la France, ce serait là bien naïf de notre part. Comme nous le confirme le toxicologue Alfred Bernard, si une telle étude était réalisée en Belgique, elle présenterait les mêmes résultats, car « le mode de vie des Français est très proche du nôtre ». Plusieurs études réalisées loin de l’Hexagone comme aux États-Unis et en Asie « vont d’ailleurs dans ce sens ». « Globalement, le message est le même : ces substances sont omniprésentes dans notre vie quotidienne et sont bien absorbées par pratiquement toutes les voies (ingestion, inhalation, contact cutané) », explique le scientifique. D’après lui, on trouverait dans notre corps des centaines de substances omniprésentes autour de nous. L’étude française révèle également que les enfants sont les plus exposés aux PE. « Les risques concernent surtout le fœtus et les jeunes enfants. Là, des études montrent des associations avec toute une série d’effets : troubles du comportement, cognitifs, du système reproducteur, un surpoids », explique ce professeur de toxicologie à l’UCL.

Histoire de ne pas paniquer, on a demandé à notre expert ce que l’on pouvait faire pour se protéger de ces substances toxiques.

Éviter le plastique

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« Il faut réduire l’utilisation des plastiques comme les polycarbonates utilisés dans les emballages du secteur alimentaire ». Les récipients de cuisine en polycarbonate contiennent notamment du bisphénol A, « l’une des substances les plus dangereuses » d’après notre expert. Ils portent parfois le sigle PC ou le chiffre 7 à l’intérieur d’un triangle, mais ce marquage n’est cependant pas obligatoire. Ils sont heureusement désormais interdits à la vente, mais certains pourraient encore se trouver dans vos vieux tiroirs. Prudence donc. On conseille également de ne pas chauffer les aliments dans du plastique, mais plutôt de les transférer sur une assiette, d’utiliser une casserole en Inox plutôt qu’une bouilloire en plastique pour faire bouillir de l’eau et d’opter pour des récipients en verre (biberons, gourdes, tupperwares, etc.). Lors des courses, on préconise le zéro-déchet (ça fait du bien aussi à la planète) plutôt que les aliments suremballés.

Éviter certains jouets

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« L’autre source possible d’exposition pour les enfants ce sont les jouets qui contiennent des plastifiants. Les jeunes enfants les mettent en bouche et sont alors plus exposés que les adultes ». Une étude britannique révélait en 2018 que certains jouets en plastiques contenaient plusieurs substances chimiques dont des métaux lourds (antimoine, baryum, cadmium, plomb…). En simulant le processus de digestion, les chercheurs ont trouvé des quantités de brome, cadmium et plomb supérieures aux limites fixées par la directive du Conseil européen sur la sécurité du jouet. Si l’industrie du plastique fait de plus en plus d’efforts pour éliminer ces éléments des nouveaux jouets, ceux d’occasion n’en sont pas débarrassés.

Éviter les aliments transformés

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Les aliments transformés ont de fortes chances d’êtres contaminés par des perturbateurs endocriniens à cause de leurs emballages plastiques et des encres utilisées. Au-delà de cette éventuelle contamination, ce type d’alimentation est à éviter d’une façon générale pour notre santé. « Nous sommes exposés à des centaines de molécules, cancérogènes, perturbateurs endocriniens et les plus dangereuses de ces molécules sont probablement associées à l’alimentation. Celle qui est transformée par cuisson avec des additifs etc. La société est malade à cause de l’alimentation transformée et du déséquilibre alimentaire. Certains enfants ne mangent que des produits transformés car leurs parents ne cuisinent plus. À mon sens, en termes de santé publique, cet impact est plus important que les traces des quelques molécules qu’ils ont mesurées dans cette étude ». D’après une très récente étude, une hausse de 10 % de la part d’aliments transformés dans notre menu est associée à une augmentation du risque de mortalité de 14 %.

Et les cosmétiques ?

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Pour ce qui est des cosmétiques, souvent accusés d’être des sources de PE (comme les parabens et les éthers de glycol), Alfred Bernard conseille surtout aux femmes enceintes d’être particulièrement vigilante dans ce domaine. « Les études les plus probantes à ce sujet sont des études prospectives qui ont comparé les niveaux d’exposition de la mère et ensuite le comportement de l’enfant après. La mère doit être prudente avec toute une série de produits pour protéger son futur enfant : alimentation, cosmétique, produits d’entretien, peintures, solvants. Un comportement sain c’est un comportement le plus naturel possible ». Les éthers de glycol sont notamment suspectés d’entraîner une diminution de la fertilité masculine, une augmentation du risque d’avortement spontané ou encore des malformations fœtales. 

Le bio, la solution miracle ?

Souvent présenté comme une alternative idéale, le bio serait-il notre sauveur ? « De façon générale, le bio est plus sain. Mais on n’a pas de données objectives démontrant que le bio a un impact direct. Les sources d’exposition à ces substances sont tellement multiples qu’il est difficile de faire un lien entre la substance et une source unique. Il y en a tellement ! C’est multi-factoriel. La difficulté est là. Ce qu’il faut, c’est avoir un mode de vie sain dans un environnement sain. Voilà la seule solution qu’on peut appliquer ».

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