Les Wallons se sentent d’abord Belges

L’identité wallonne existe, elle a été sondée. Le Wallon se sent multiple et belge avant tout. Et cela ne l’empêche pas d’être lucide et de vouloir plus d’autonomie. Voilà quelques clés bien utiles en ces temps de crise politique.

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Quelle boussole adopter pour savoir où emmener les Wallons alors que couve la crise politique et à la veille des festivités wallonnes? Le baromètre social de la Wallonie réalisé par l’IWEPS, l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique, est à ce titre très instructif. Savoir ce qu’il y a dans le cœur des Wallons? “Il faut rester prudent mais l’enquête que nous avons menée est rigoureuse et représentative”, explique Sébastien Brunet, directeur de l’IWEPS. Voici les trois grands enseignements.

1. D’abord belge, ensuite wallon, enfin européen

L’identité wallonne est multiple. Sept Wallons sur dix (72%) se sentent souvent ou tout le temps belge. Plus d’un Wallon sur deux (53%) se sentent souvent ou tout le temps wallon. Le sentiment d’identité européenne reste derrière (37%). “Le sentiment qui prévaut pour les Wallons·nes est celui de l’appartenance à la Belgique”, souligne l’IWEPS alors que le sentiment d’appartenance wallonne est relativement important puisqu’il est présent dans plus de la moitié de la population. “Il faut préciser que le sentiment d’appartenance à la Wallonie n’est pas exclusif du sentiment d’appartenance à la Belgique. Au contraire, plus on se sent wallon·ne et plus on se sent belge”. Ainsi, “le wallon ne joue pas les identités les unes contre les autres. Il les cumule. On aurait pu tester aussi le sentiment d’appartenance à une ville, voire même le quartier d’une ville”.

2. Le wallon est fier de sa qualité de vie

Cet ordre d’identification, avec la fierté belge en priorité, est stable ces dernières années malgré les différentes crises traversées par la Belgique au cours de cette dernière décennie, qu’elles soient financières ou politiques “comme si le sentiment d’appartenance des Wallons reposait sur d’autres dimensions, d’autres facteurs que ceux économiques ou politiques”, souligne l’IWEPS.

D’autres facteurs? Une enquête qui remonte à 2012 et 2013 a identifié ce qui fait qu’on se sent fier d’être wallon: ce sont les gens, la nature et le patrimoine culturel. Les Wallons ont ainsi un sens de l’accueil, une solidarité, une indépendance d’esprit et un sens de la dérision à nuls autres pareils. “Ce qui est intéressant dans ces évocations ouvertes, c’est qu’il y a très peu de référence à une autre culture ou une autre région. On retrouve très peu de référence comparative à la Flandre par exemple ou à d’autres cultures », décrypte l’IWEPS. Ce qui signifie que l’identité wallonne ne s’est pas construite en opposition à d’autres identités, comme cela a été le cas en partie pour la Flandre. Au contraire, l’identité wallonne se conçoit plutôt comme un sous-régionalisme qui s’inscrit en complément à l’identité belge nationale.

3. Le wallon veut plus d’autonomie en gardant la Belgique

Ce qu’on se dit à la lecture de ces résultats? Les Wallons sont, au fond, plutôt bien dans leur peau. D’autant plus que cette belgitude dominante n’empêche nullement les Wallons et wallonnes d’être lucides. Ainsi “le sentiment d’appartenance important à la Belgique n’occulte pas les difficultés qui existent au sein du pays”. Ainsi le baromètre montre que les citoyens sont de plus en plus ouverts à la question de plus d’autonomie des régions en leur accordant plus de compétences. En 2018, en Wallonie, ce scénario est réaliste pour 61% des personnes interrogées. En 2013, ils n’étaient que 46%.
© Moustique / Aurélie Charlier
Et cette perception n’est pas fataliste. Le baromètre montre aussi que si les Wallons et Wallonnes devaient voter lors d’un référendum ils seraient un peu plus de la moitié à voter pour une plus grande autonomie. En 2013, quatre Wallons sur dix l’auraient fait. Par contre, les citoyens et citoyennes sont unanimes ou presque (92%) pour refuser la séparation de la Belgique s’ils devaient se prononcer lors d’un référendum.

Au total, une identité sympathique et conviviale

Alors? “Travailler l’identité wallonne, ce n’est pas renforcer un nationalisme. Il n’y a tout simplement pas de risque de nationalisme en Wallonie, conclut Sébastien Brunet. Les gens ne vont pas chanter demain devant un drapeau wallon. L’identité wallonne est avant tout sympathique. Dans le contexte de repli général, ceci montre qu’une population peut être attachée à son territoire sur un mode convivial”.

Pour en savoir plus, lisez notre interview de l’historien libéral Hervé Hasquin dans notre dernier numéro. Rendez-vous en librairie à partir de ce mercredi ou dès maintenant sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

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