Un village indien combat la sécheresse et recharge ses nappes phréatiques en quatre mois

Le hameau indien d'Aanore a décidé de sacraliser chaque goutte d'eau. Résultat : en quatre mois, il a réengorgé ses nappes phréatiques et replanté un gros millier d'arbres. Le tout en effaçant les inégalités.

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L’ouest de l’Inde est particulièrement touché par la sécheresse. Selon des statistiques officielles provenant de l’Etat du Maharashtra, plus de 20 000 villages y souffrent d’une grave pénurie d’eau. Parmi eux, 5000 voient débarquer régulièrement des camions citernes pour les alimenter. Les terres devenant chaque année plus arides, les femmes doivent marcher plusieurs kilomètres pour ramener l’équivalent d’un pichet, alors que les enfants loupent l’école pour les accompagner.

Une situation intenable à laquelle les habitants du hameau d’Aanore, riches comme pauvres, ont décidé de mettre fin. Sous la houlette du religieux du village, Sandeep Patil, ils ont réfléchi à des manières de mieux exploiter et récupérer l’eau avant qu’elle ne disparaisse définitivement. En économisant chaque goutte, ils ont sauvé leur village et font aujourd’hui figure d’exemple à suivre dans toute la région.

« Nous avons adopté des résolutions à l’unanimité lors de l’assemblée générale du corps du Gram Panchayat et avons décidé de les suivre à la lettre, explique Sandeep Patil à la version indienne du magazine DNA. Nous avons demandé aux villageois de ne pas se laver les mains dans les assiettes après chaque repas, mais de les laver près des deux arbres que nous avons plantés devant chaque maison. Également, nous avons déversé les eaux de drainage dans la fosse de rétention. Ces petits changements mis bout à bout ont permis de recharger et redonner vie à la nappe phréatique. En trois mois à peine, les puits et les pompes manuelles qui étaient à sec ont commencé à se remplir. Cela nous permet de couvrir les besoins en eau de la population et du bétail du village. »

250 millions de litres

92 puits ont été percés, 13 étangs creusés et une pépinière est sortie de terre. Un travail rapidement entrepris grâce à la solidarité qui a régné durant l’élaboration du projet de préservation d’eau. « Nous étions tellement unis lors des scrutins qu’à 14 h, personne n’a voté, explique Tukaram Patil, un homme d’affaires revenu sur ses terres pour participer à l’effort collectif. Les gens avaient décidé de travailler pour le barrage puis de voter. Après 14h, tous les villageois faisaient la queue devant le bureau de vote et à 16 heures, le nombre de voix était de 100%. »

Un autre homme d’affaires, Bajirao Patil, a fait don de 1200 plants d’arbres à répartir devant les 95 maisons du hameau. 1700 plants suivront durant la mousson. « Nous souhaitons revenir à l’époque où le village et ses environs étaient peuplés d’arbres luxuriants. En été, nous jouions sans crainte de coups de soleil ou d’une chaleur accablante. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas sortir en été. Nous voulons ramener le bon vieux temps où les difficultés étaient présentes mais belles et où nous étions très proches de la nature. »

En quatre mois, Aanore a déjà récupéré plus de 250 millions de litre d’eau, réengorgeant ses nappes phréatiques et faisant rejaillir l’espoir un peu partout en Inde. « Le village d’Aanore a montré que quand des efforts volontaires sont déployés, nous pouvons créer une oasis dans le désert. Nous sommes heureux qu’ils aient porté leurs fruits et nous espérons que le gouvernement va implanter ce modèle partout dans le Maharashtra » conclu l’activiste et directeur de l’école du village Ranjeet Shinde.

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