Une étude nuance les liens entre génétique et homosexualité

Notre orientation sexuelle n'est pas le fait d'un seul gène mais d'une myriade de variantes génétiques selon une large étude américano-britannique.

©Belga

Le gène gay n’existe pas. Voilà la conclusion d’une large étude réalisée par des chercheurs américains et européens et mise en évidence par la prestigieuse revue Science. Se basant sur plus de 500 000 profils ADN, les scientifiques ont conclu que notre orientation sexuelle n’était qu’en (petite) partie dirigée par la génétique. « Il n’y a pas de gène gay unique, mais de nombreux petits effets génétiques répartis dans le génome », signale Ben Neale, chercheur à Harvard et au MIT ayant pris part à l’étude.

Un article scientifique qui contente tout le monde, un peu comme aux élections. Ceux qui lient la génétique à l’orientation sexuelle estiment que l’étude prouve une corrélation entre les deux, même légère. Et ceux qui prônent l’autodétermination en vantent les conclusions, rappelant à quel point il était simpliste de tout mettre sur le dos de la biologie. « C’est une bonne nouvelle, mais en soi nous le savions depuis longtemps », commente d’emblée Arnaud Arseni, chargé de projet pour l’association de défense de la communauté LGBTQ Arc-en-ciel Wallonie. « On imagine facilement les dérives entrainées par la vision d’un gène gay. » L’étude permet en effet de contrer définitivement les fantasmes eugénistes dont rêvent certains pour « déshomosexualiser » génétiquement un bébé avant la naissance.

Jacques Balthazart est lui biologiste spécialisé en neuroendocrinologie du comportement à l’Université de Liège. En 2010, il a publié Biologie de l’homosexualité. On naît homosexuel, on ne choisit pas de l’être dans lequel il défend l’homosexualité innée. Pour lui, l’étude parue hier constitue un pas un avant. « Elle est effectivement de bonne qualité. Les chercheurs restent très, voire trop, prudents, mais ils se basent sur une très large population et envisagent les données de manière intéressante. Aussi complexes et polygéniques soient-elles, des corrélations apparaissent. »

Cinq petites variantes

Concrètement, les chercheurs ont découvert cinq minuscules variantes génétiques dans l’ADN ayant une influence sur l’orientation sexuelle. Mais même conjuguées, ces variantes représentent moins d’1% des modifications de comportements sexuels. Chaque variante aurait donc un impact très léger sur l’orientation sexuelle. « Cette orientation est façonnée par des centaines, voire des milliers, de variantes génétiques, chacune ayant un très faible effet, mais elle l’est aussi en grande partie par l’environnement et les expériences de la vie d’une personne. Nous pouvons donc affirmer avec certitude qu’il n’existe pas de déterminant génétique ni de gène unique du comportement sexuel ou de l’orientation sexuelle du même sexe » lit-on dans l’étude. « On ne trouve pas toujours les mêmes corrélations génétiques, ce qui pourrait laisser croire qu’il existe plusieurs types d’homosexualité », continue Jacques Balthazart.

L’article met également l’accent – sans toutefois approfondir la question – sur l’environnement dans lequel grandit un enfant. « L’effet de l’environnement existe, mais on n’arrive pas à le mesurer exactement », explique Fah Sathirapongsasuti, membre de la plateforme de tests ADN 23andme.com. « Dans le milieu associatif, nous sommes persuadés que le cadre dans lequel évolue l’enfant a une influence. Il s’en rendra par exemple plus facilement compte dans un milieu familial protecteur » explique Arnaud Arseni.

Les scientifiques illustrent néanmoins leurs propos en prenant l’exemple de la taille. Génétiquement influencée par celle de nos parents, elle est sujette à variation en fonction de ce que nous mangeons durant notre enfance. Les troubles cardiaques peuvent également servir à comprendre cette complémentarité entre génétique et environnement : des prédispositions existent mais l’hygiène de vie et l’alimentation augmentent le risque. L’étude démonte également l’idée selon laquelle on serait totalement hétérosexuel ou totalement homosexuel, comme le préconisaient à l’époque les travaux d’Alfred Kinsey, célèbre pour ses études descriptives du comportement sexuel de l’homme et de la femme parues au milieu du vingtième siècle. « La génétique suggère qu’il est simpliste de supposer que plus une personne est attirée par le même sexe, moins elle est attirée par le sexe opposé », explique le rapport.

Une question d’hétéro ?

Comment sera accueillie l’étude alors que les thérapies de conversion se multiplient aux Etats-Unis et débarquent doucement en Europe ? Difficile à dire, puisque chacun pourra exploiter ses résultats selon son point de vue. « Certaines associations estiment qu’on foutra la paix à la communauté LGBTQI si on démontre que l’homosexualité est génétique. D’autres auront peur qu’on essaie de soigner les homosexuels », précise Jacques Balthazart. Un avis confirmé par Arnaud Arseni. « Dire que le gène gay n’existe pas empêchera de graves dérives mais j’imagine en même temps un père qui s’arrêtera là et qui estimera que son fils a choisi de devenir homosexuel. »

Et dans le fond, a-t-on réellement besoin de savoir comment on devient homosexuel.le ? Ici, l’avis du scientifique se heurte à celui du militant. « L’être humain est curieux par essence, rappelle Jacques Balthazart. Mais je pense également qu’une société qui pense que l’homosexualité est génétique sera plus tolérante. » Pour Arnaud Arseni en revanche, ces discussions autour de l’origine de l’homosexualité intéressent plus les hétéros que les homos. « C’est une réflexion ultra-personnelle mais il n’y a pas de revendications au sein des associations pour avoir des explications. On estime que l’homosexualité est une constante naturelle au sein des espèces. Franchement on ne court pas après les explications. »

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