Myriam Leroy, Florence Hainaut, et les autres: les femmes journalistes toujours harcelées

Myriam Leroy publie son deuxième roman, Les yeux rouges. Basé sur son histoire et celles de tant d'autres journalistes harcelées. Ce livre est une claque qu'il faut accepter de prendre.

leroy_hainaut

Souvent, les journalistes sont critiqués. Que ce soit pour la manière qu’ils ont de traiter l’info ou pour l’éclairage qu’ils choisissent d’apporter. Souvent, leurs qualités de journalistes sont remises en question. Mais la donne change quand il s’agit de journalistes féminines. Être une femme, pratiquer ce métier et oser sortir des lignes revient à prendre le risque de se voir humilier sur la place publique. Harcèlement, insultes, menaces de viol, promesses d’agression, le tout pour un article ou une chronique. Dans son livre Les yeux rouges, la journaliste et écrivaine Myriam Leroy raconte, entre autres, le calvaire qu’elle a vécu. Pourtant, si le harcèlement que subissent ces femmes est avéré, la justice ne suit pas. Les cibles se heurtent encore à l’incompréhension des policiers qui n’accordent que peu d’importance aux plaintes.

Le cas Rosanne Mathot

En juillet dernier, la journaliste freelance au Vif rédigeait un article intitulé “En France, Stéphane Pauwels fera le DJ, le 21 juillet: une fête nationale entre terrorisme, inculpation, musique kitsch et moules-frites“. Dans cette chronique, Rosanne Mathot expliquait que Stéphane Pauwels avait été choisi comme « personnalité belge » pour animer notre fête nationale à Trèbes, en France. Elle y rappelle les attentats de l’année précédente et le fait que l’ancien animateur est toujours inuclpé dans une affaire de vols avec violences. L’organisateur de l’évènement fini par décommander Pauwels qui s’emballe et pointe du doigt la responsabilité de la journaliste dans une poignée de tweets incendiaires. Rapidement, les défenseurs de l’ex-animateur s’emballent. “Pétasse, pauvre conne, mal-baisée, franc-maçonne, frustrée, salope de journaliste, médiocre, débile profonde, idiote frustrée du cul, pleureuse, vierge effarouchée… », Rosanne Mathot voit ses réseaux sociaux innondés d’atrocités. Son témoignage à découvrir ici.

Le cas Camille Wernaers

Le monde attendait le dernier film de Quentin Tarantino avec une impatience folle. Mi-août, les fans se sont pressés par milliers pour aller découvrir Once upon a time in… Hollywood. Tous les médias y vont de leur critique. Dont Camille Wernaers, journaliste pour Les Grenades, la rubrique féministe de la RTBF. La jeune femme propose d’analyser le film sous un oeil féministe. Une grille de lecture comme une autre donc. Pour Camille Wernaers, le dernier Tarantino est le triomphe du mâle alpha, une oeuvre teintée de sexisme. « ...ce regard masculin sur les femmes signifie des gros plans et des longs travellings sur leurs fesses, leurs cuisses et leurs pieds. Autant de plans qui transforment les actrices en objets sexuels« , écrit la jeune femme. Il n’en faut pas plus pour que le bashing commence. En plus de remettre en cause ses capacités journalistiques, elle se fait insulter, menacer, etc. Ne pas être d’accord avec son point est acceptable (et légal), la harceler beaucoup moins.

Le cas Florence Hainaut

Au moment où le scandale de la Ligue du lol explosait en France, on se demandait si des groupes de harcèlement similaires existaient chez nous. Depuis plusieurs années, la journaliste collectionne les attaques (principalement sur Twitter). Florence Hainaut nous confiait au moment de la Ligue du lol qu’elle était étonnée par toutes les marques de soutien que l’affaire suscitait alors qu’elle avait, elle, l’habitude que personne ne réagisse. Elle précisait que « les insultes faites aux femmes journalistes existent depuis des années chez nous et selon la même mécanique : quand on insulte/agresse/harcèle des femmes journalistes, le but est qu’elles se taisent« . Pour Florence Hainaut, le bashing sur les réseaux est, à peu de choses près, quotidien.

Ces trois femmes ne sont que des exemples parmi tant d’autres. « C’est encore compliqué d’être une femme journaliste, nous expliquait Myriam Leroy lors de la sortie de son deuxième roman. C’est un milieu hostile pour les femmes et, arrivées à un certain âge, elle le désertent de plus en plus« . Combien de cas faudra-t-il encore pour que, les milieux journalistique, politique et policier, ne se décident à agir et à protéger ces femmes qui ne font que leur travail ?

Pour aller plus loin… Découvrez l’interview complète de Myriam Leroy « Quand tu arrêtes d’être une poupée » à propos de son nouveau roman dans le numéro de cette semaine. Rendez-vous en librairie à partir de ce mercredi ou dès maintenant sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android

Sur le même sujet
Plus d'actualité