Boris Johnson force la Reine à tordre le cou à la démocratie

À l'approche de la sortie du Royaume-Uni de l'UE, le Premier ministre britannique Boris Johnson a décidé de suspendre les travaux du Parlement durant cinq semaines. L'opposition et la population dénoncent une manœuvre anti-démocratique, que la Reine a été obligée de valider.

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Coup de tonnerre au pays qui a inventé la monarchie parlementaire. Boris Johnson, récent Premier ministre britannique, a décidé de suspendre le Parlement pour un gros mois, du 9 septembre au 14 octobre, soit deux petites semaines avant la sortie britannique de l’Union. Pour le Premier ministre, le Parlement doit se préoccuper d’un programme focalisé sur les besoins des Britanniques. « Nous avons besoin de nouvelles législations, d’un nouveau programme législatif qui se penche sur les questions britanniques » se justifie-t-il.  

Les réactions ont naturellement fusé durant la journée. L’opposition y voit une stratégie de Johnson pour empêcher les députés de stopper la mise en place d’un Brexit dur, sans accord, avant le 31 octobre. Jeremy Corbyn, leader du parti travailliste a notamment dénoncé « l’insouciance » de Boris Johnson, rejoint par le reste de l’opposition identifiant là un déni de démocratie. « C’est un scandale constitutionnel », a crié le speaker de la Chambre des représentants, John Bercow. « C’est évident que le but de cette prorogation est d’empêcher le Parlement de débattre du Brexit et d’accomplir sa mission consistant à indiquer la voie que doit suivre le pays. Alors que nous vivons un instant parmi les plus difficiles de l’histoire de notre nation, il est vital que notre Parlement élu ait son mot à dire. »

Tom Watson, chef adjoint du Parti travailliste, estime que « cette action est un affront particulièrement scandaleux à notre démocratie. Nous ne pouvons pas laisser cela se produire. » Clive Lewis, député travailliste, a lui promis de rester les fesses vissées sur sa chaise au sein du palais de Westminster. « La police devra nous faire sortir de la Chambre. Nous demanderons aux gens de descendre dans la rue. Nous convoquerons une session extraordinaire du Parlement. »

La Reine porte le chapeau

L’annonce de Boris Johnson met à coup sûr la Reine Elizabeth II dans l’embarras. Celle qui avait jusqu’ici toujours refusé d’apparaitre comme de l’un ou l’autre bord avait le pouvoir de bloquer le processus de suspension mais a finalement validé la décision du Premier ministre, probablement effrayée à l’idée d’apparaitre comme partisane des anti-Brexit. Rappelons également qu’en soi, ce genre de demande n’est jamais bloqué par la royauté britannique et ne constitue traditionnellement qu’une simple formalité pour le Premier ministre.

Du camp conservateur de Boris Johnson proviennent autant de louanges que de critiques. Mais il peut néanmoins compter sur le soutien de poids du président américain Donald Trump, toujours prompt à réagir aux annonces chocs de ses homologues. Boris Jonhson accède ainsi « exactement à ce que le Royaume-Uni cherchait », et s’apprête à devenir « tout bon ».

Les prochains jours s’annoncent tendus dans tout le pays. Une pétition a déjà dépassé les 100.000 signatures pour forcer l’exécutif à annuler sa décision. Elle doit donc maintenant être étudiée avant d’être inscrite à l’ordre du jour du plus vieux Parlement du monde. Le Royaume-Uni, qui se prépare donc à de nouveaux déchirements autour de sa sortie de l’Union européenne, voit en plus une part de sa démocratie se fracasser sur l’ambition de celui qui est censé œuvrer pour le bien de sa population.

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