Comment les centres de détention US font du profit sur le dos des enfants migrants

Les centres de détention pour jeunes migrants aux Etats-Unis offrent à leurs hôtes des conditions déplorables. Et ce n’est pas la faute à un manque de moyens.

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Le lucratif business-model des prisons américaines privées est connu depuis des décennies, celui des centres de détention d’enfants migrants l’est moins. Ces centres se sont multipliés après les scandales qui avaient émaillé l’actualité l’an passé, entre enfants séparés de leur famille et d’autres à qui on ne gréait même pas les commodités les plus basiques. Mais, si les jeunes migrants ne passent plus par la case prison et ne sont plus entreposés comme du bétail dans des cages de béton, leurs conditions de vie demeurent, dans le meilleur des cas, spartiates. Ces nouveaux établissements ne s’encombrent pas pour un sou du respect des droits des enfants dont ils ont la tutelle, et ne recherchent plutôt qu’une chose : la rentabilité.

Les contribuables américains ont payé 1,5 milliard de dollars sur les quatre dernières années à destination des compagnies privées qui prennent à leur compte le traitement des enfants migrants – principalement honduriens, salvadoriens et guatémaltèques – au sein de leurs installations. Situés désormais au nord comme au sud du pays, ces centres rendent une copie à peine plus présentable que celle de ses prédécesseurs. Si le traitement à l’égard des migrants varie en fonction des établissements, rares sont à investir pleinement leurs moyens dans le bien-être des réfugiés. Délabrement, négligence sanitaire, sévices corporels et sexuels… Voilà le lot quotidien des enfants logés à pareille enseigne.

Faire contre mauvais cœur bonne fortune

Les organisations – supposément – à but non-lucratif qui gèrent les centres sont grassement payées, 250 (!) dollars par joueur et par enfant migrant hébergé. Trois d’entre elles, International Educational Services, BCFS et Southwest Key Programs, ont respectivement reçu 400 millions, 800 millions et 1,4 milliards de dollars d’aides publiques depuis la mise en place de leur programme d’accueil. Mais cette manne financière sert davantage à arroser les administrateurs qu’à favoriser l’épanouissement des jeunes qui y logent. En mettant son veto à l’aide d’urgence aux migrants de 4,5 milliards de dollars à l’instigation de la chambre des représentants, à majorité démocrate, le Sénat, à majorité républicaine, aura peut-être évité une gabegie conséquente.

Il existe deux types d’établissement : les centres “standards” et les centres “d’appoint”. Ces derniers diffèrent des premiers en ce qu’ils servent à juguler les flux de migrants imprévus et trop conséquents. Or, ils sont désormais utilisés comme le sont les centres “standards”, en dépit de leur moindre capacité d’accueil. Plusieurs centres font l’objet de la scrutation d’ONG de défense aux migrants. Certains rapports font état de l’impréparation des organisations quant à l’hébergement des réfugiés depuis…2014. Des enfants sont d’ailleurs envoyés dans des centres qui ont fait l’objet d’accusations plus que compromettantes.

Un moindre mal

Selon certains, il s’agit là d’un moindre mal. Les enfants sont hébergés dans des structures plus accommodantes que les tentes de fortune dans lesquelles ils étaient contraints de vivre à la frontière texane. D’ailleurs, si les centres devaient fermer du jour au lendemain, la question de l’hébergement ne reviendrait sur la table qu’avec d’autant plus fracas puisque des milliers de réfugiés se retrouveraient sur le carreau.

Il n’empêche que la situation est intenable à bien des niveaux. On ne compte plus les cas de maltraitance, et l’administration Trump prend un malin plaisir à jeter de l’huile sur le feu en attisant la haine contre les migrants. Interrogée par Slate, Evelyn Caffo, ancienne responsable de centre d’accueil, avance que “beaucoup d’employés pensent que ces gosses, en franchissant la frontière, ont commis un délit.”

Suite aux remous de l’année passée, l’administration de Trump souhaitait se draper dans sa vertu en s’empressant de recourir à ces centres. Les intentions n’ont en tout cas pas suivi l’effet d’annonce. Plutôt qu’à un assouplissement, on assiste à une impasse. Paradoxalement, la fin de la politique de tolérance-zéro instaurée par Donald Trump, qui résultait en la séparation de l’enfant avec sa famille, constitue un problème. Comment loger une famille dans un centre de détention alors que celui-ci n’est initialement prévu que pour les enfants ? Il faut aussi savoir que les séjours dans ces centres sont censés être provisoires, prévoyant le départ de l’enfant pour une famille d’accueil après quelques journées. Mais que faire si l’enfant est déjà auprès des siens ? Trump voulait trancher le nœud gordien et apparaître magnanime, mais il n’a fait qu’alimenter le flou qui entoure l’arrivée des migrants.

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