Pourquoi l’Amazonie brûle-t-elle ?

Ce sont bien des activités humaines qui ont provoqué les feux défigurant l'Amazonie. La déforestation ne cesse de s'accélérer, transformant une forêt naturellement ininflammable en brasier incontrôlable.

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Le monde a découvert, un peu en différé, la catastrophe qui se joue au Brésil. Depuis plusieurs semaines, les flammes ravagent l’Amazonie sans que le pays ne semble trop s’en préoccuper et soudain, la communauté internationale a décidé de se souvenir de ses convictions écologiques. Au G7, Emmanuel Macron appelle notamment à la « mobilisation de toutes les puissances » pour préserver l’Amazonie. On pouffe en entendant les représentants des pays du G7 manifester pour la forêt brésilienne, riant jaune devant leurs interminables effets d’annonce.

Car les feux amazoniens ont des sources purement humaines. Non pas que les foyers soient d’origine criminelle, en tout cas pas au sens strict du terme, mais ils sont la conséquence de la banalisation de la déforestation et d’un processus de défrichage chaque jour plus intensif pratiqué au nom d’un capitalisme exacerbé.

On apprenait vendredi que le chef de l’Etat brésilien Jair Bolsonaro, obsédé par la croissance économique de son pays, avait en tête un plan pour saboter les efforts des écologistes soucieux de sauver l’Amazonie. Ponts, autoroutes et centrale hydroélectrique sont au cœur d’un document présentant ses idées pour « lutter contre la pression internationale » souhaitant préserver la plus grande forêt tropicale du monde. On est donc encore loin du changement radical de paradigme qui pourrait sauver le fameux « poumon vert de la planète », déjà en péril en 2015 quand, à la veille de la COP 21, la présidente Dilma Rousseff déplorait la perte de 6000km² de terres boisées en une année.

80 000 feux de forêt

L’Amazonie n’a pourtant pas vocation à s’enflammer et les images diffèrent d’ailleurs considérablement des torches que l’on a l’habitude de voir quand une forêt européenne ou californienne part en fumée. La raison est simple : les arbres tropicaux sont nettement plus humides. Mais victimes de feux à répétition, ils brûlent par leurs racines, pouvant succomber deux ans après l’incendie.

La multiplication dramatique des zones défrichées a ainsi provoqué les 38 000 foyers que l’on dénombre actuellement. « Les incendies ont toujours une origine humaine, le feu étant utilisé pour nettoyer des zones déjà déforestées, pour ouvrir des pistes ou préparer des terres à la culture. Le manque de prévention fait que ces incendies se propagent à des zones plus sèches qui n’étaient pas destinées à être brûlées » signale Paulo Moutinho, chercheur à l’institut de recherche environnementale sur l’Amazonie. Le vent et la sécheresse ont été mis en cause par Ricardo Salles, ministre de l’Environnement, mais il été rapidement contredit par des météorologues estimant que le climat de la forêt amazonienne ne variait pas particulièrement par rapport aux années précédentes.

La déforestation de l’Amazonie inquiète depuis de longues années, mais elle s’est fortement accélérée depuis la prise de pouvoir de Bolsonaro. Entre janvier et fin aout, près de 80 000 feux de forêts ont été recensés au Brésil, soit un bond de 84% par rapport à l’année précédente.

Bœuf et soja

Pourquoi déboise-t-on autant ? La première réponse est à trouver dans la question : le bois. Mais il est loin d’être la seule ressource qui mérite que l’on foute pour elle l’environnement en l’air. Or, cuivre, minerai de fer, nickel et manganèse font saliver les trafiquants mais également le président Bolsonaro lui-même, prêts à immoler les populations locales s’il le faut. Pourtant, tout cela ne représente encore que 20% de la déforestation amazonienne.

Les plus grands responsables demeurent agricoles puisque la culture de soja et l’élevage de bœuf constituent de loin les activités les plus destructrices (65% des zones déboisées sont occupées par des pâturages). Deux produits dont le Brésil est le premier exportateur mondial. 

Un bouclier qui s’effrite

Les feux qui ravagent l’Amazonie sont donc bien faits de la main de l’Homme. Plus qu’une conséquence du réchauffement climatique, ils finiront par y participer. Aspirant chaque année jusqu’à 140 milliards de tonnes de CO2, elle fait office de bouclier face aux changements du climat. Pour combien de temps encore ? La question mérite d’être posée. La déforestation, en plus de dégager du carbone dans l’atmosphère, diminue drastiquement sa capacité d’absorption.

Pierre Cannet, co-directeur des programmes au WWF, estime qu’il faudra des siècles à la forêt amazonienne pour se remettre de ces incendies. La faune et la flore ont été piégées par les flammes et ont subi des pertes dramatiques. Reste à espérer que ces incendies auront au moins servi à définitivement éveiller les consciences…

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