À la rentrée, vos enfants n’auront pas tous un prof

La pénurie des instituteurs maternel et primaire, et des profs de langues ne se résorbe pas. En cause: l'allongement des études, les salaires trop bas et le manque de considération.

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Les prévisions pour l’année scolaire 2019-2020 ne rassurent personne. À l’école fondamentale, la pénurie des instituteurs maternels et primaires à Bruxelles et Namur, au Luxembourg, en Wallonie picarde et dans le centre du Hainaut est généralisée. En secondaire, la pénurie est également sévère tant il manque de professeurs d’anglais, de néerlandais et d’allemand. On n’en est pas encore au stade de la pénurie, mais il manquerait aussi de façon considérable de professeurs de français, de mathématiques, de sciences, de latin et de géographie. En moyenne, selon le Secrétariat général de l’enseignement catholique, chaque élève pourrait manquer de deux heures de cours par semaine à cause de la pénurie.

On doit cela a une réalité propre au secteur de l’enseignement. Selon une étude de l’UCLouvain, un jeune diplômé sur trois dans le fondamental ou le secondaire inférieur démissionne et réoriente sa carrière dans les cinq premières années. Un prof sur cinq abandonne dès la première année. Pourtant, le nombre d’inscrits dans les hautes écoles ne subit pas de diminution flagrante… 

1.690 euros par mois

Les raisons de ce désamour sont multiples. Il y a d’abord la question financière. En moyenne, un instituteur touche 1.690 euros en début de carrière. Pour atteindre les 2.000 euros, il doit atteindre 12 années d’expérience. Ensuite, « les conditions de travail ne s’améliorent pas avec le temps. Il y a un vrai problème d’attractivités dans ce secteur », intervient le président de la CGSP-Enseignement Joseph Thonon. Elle est bien loin l’époque où le maître d’école était particulièrement éduqué et suscitait le respect des enfants et de leurs parents. L’allongement du cursus supérieur, passé de 3 à 4 ans d’études, n’a rien arrangé puisque le secteur a connu une année complète sans nouveaux profs. « La revalorisation des études fera néanmoins certainement du bien aux enseignants. Car le problème est que les étudiants arrivent rarement là de leur plein gré. Souvent, c’est un second choix, après un échec à l’université. »

La situation ne semble vraisemblablement pas s’arranger avec le temps. Le Pacte pour enseignement d’excellence suppose en effet l’embauche de 500 nouveaux enseignants en Fédération Wallonie-Bruxelles pour assurer le renforcement des cours de langues. Joseph Thonon relative tout de même un peu: « La pénurie est incontestable dans certaines branches. Dans d’autres, elle n’arrivera qu’en janvier et surtout en avril, quand il n’y aura plus assez d’enseignants pour assurer le remplacement des malades. »

Les profs n’ont pas les diplômes

Cette situation difficile à gérer pousse les directions d’écoles à recourir à des enseignants sans les diplômes requis. À cause de la pénurie, elles ont en effet le droit d’embaucher n’importe quel titulaire d’un diplôme de base de même niveau que celui de l’enseignant à remplacer et d’un certificat pédagogique. Lorsque l’expérience peut être prouvée, cette équivalence n’est même pas nécessaire. Ainsi, selon les chiffres du ministère de l’Enseignement obligatoire, un professeur de langues sur quatre n’aurait pas les titres requis.

Le Pacte pour un enseignement d’excellence est censé résoudre ce problème en améliorant les conditions de travail des enseignants et en luttant contre le « manque de reconnaissance du métier ».

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