Rouler à l’E85 en 2020 ne sera pas une si bonne idée

Face à un prix de l'essence trop élevé, l'arrivée du superéthanol vendu 0,70 € le litre en France fait rêver les automobilistes belges. En plus, ce carburant pollue moins, même s'il ne suffira pas à rendre le transport routier totalement propre.

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Chez nos voisins français, le superéthanol E85 cartonne. 15 % du parc automobile y carburerait. Cette essence est issue de l’agriculture et produite à base d’une plus grande quantité (85 % de sa composition totale) de bioéthanol que les essences SP95-10 et la SP98 (respectivement 5 % et 10 %) qu’on connaît bien chez nous. L’E85 est donc sensiblement plus écologique que les carburants qui dominent le marché belge. Selon des rapports de Inter-Environnement Wallonie et de la Commission européenne, rouler au bioéthanol génèrerait entre 3 et 45 % de CO2 en moins que l’essence fossile, selon les matières premières utilisées (le blé serait peu intéressant, contrairement à la betterave ou au maïs). En France, il est aussi bien meilleur marché: 0,70 € le litre, soit quasi la moitié du prix d’un litre d’essence belge ou de diesel.

Alors pourquoi ne pas y passer? D’abord, les moteurs de nos voitures ne sont de base pas compatible avec l’E85. Pour en jouir, il faut y installer un kit de conversion « FlexFuel » qui coûte jusqu’à 1.300 euros selon le modèle du véhicule. Ensuite, parce que superéthanol affiche un moins bon rendement global. Il faudrait 25 % d’essence en plus pour parcourir la même distance. Enfin, et c’est la principal raison, car l’E85 est tout simplement indisponible en Belgique… pour le moment.

Disponible dès 2020

La ministre de l’énergie Marie-Christine Marghem finalise un arrêté royal déjà validé par le Conseil supérieur des Indépendants. Elle attend désormais du Conseil d’État l’autorisation de le commercialiser. Selon le cabinet de la ministre: « Si tout se passe bien, le texte pourrait être validé avant la fin de l’année. Nous sommes certes en affaires courantes, mais il y a moyen de demander l’urgence au regard des objectifs 2020 de la Belgique en matière d’émissions. »

Autre petit souci: le prix belge devrait être bien supérieur au prix français, car le superéthanol ne bénéficiera vraisemblablement chez nous pas d’une taxation avantageuse. Dans Sudpresse, le directeur technique de la fédération des détaillants de combustibles et de carburants Olivier Neirynck a estimé le prix au litre en tenant compte des accises et de la TVA. « On devrait arriver aux alentours de 2,20 euros. C’est une estimation rapide. Personne ne va payer cela alors que l’essence avoisine 1,50 euro/l », explique-t-il.

Encore trop polluant

Au niveau du portefeuille, vous pourriez dès lors ne pas être vraiment gagnant, à moins que le prochain gouvernement ne décide de subventionner le superéthanol. Le bioéthanol n’est cependant pas la solution aux problèmes environnementaux générés par le transport routier, responsable de 16 % des émissions mondiales de CO2. Pour amoindrir l’empreinte environnementale du transport, mieux vaudrait se tourner vers des moteurs alternatifs, notamment électrique ou au gaz naturel.

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