Le bio ne serait pas toujours bon pour la santé et la planète

La découverte de viande faussement bio interroge. Malgré les contrôles, certains aliments ne respectent pas les normes. Plus que jamais, les consommateurs ont besoin de transparence.

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L’information a été divulguée par l’Autorité néerlandaise de sécurité des produits alimentaires. De la viande conventionnelle produite aux Pays-Bas a été vendue dans les supermarchés belges sous le label Bio entre 2015 et 2018. Ce n’est pas la première fois que le bio est pointé du doigt. Fin juillet, l’Afsca avait notamment fait retirer des œufs bios de nos rayons, car ils contenaient trop de dioxine. En 2016, Test-achats avait déjà découvert des pesticides sur un quart des pommes et des poires bios du marché belge.

En France, l’association 60 millions de consommateurs n’épargne pas le label non plus. « À l’heure où les scandales alimentaires s’enchaînent, le logo fait figure de Graal. Pourtant, il est loin d’être sans failles », écrit la rédactrice adjointe du magazine Christelle Pangrazzi sur base d’une analyse de 130 produits labélisés. Elle cite, notamment, des cas d’exploitation de travailleurs immigrés lors de la production et l’utilisation d’huile de palme qui participe à la déforestation dans le monde. Dans Le Figaro, le chargé d’étude au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement Patrice Dumas explique: « Une production 100 % biologique demanderait plus de terres et entraînerait une plus grande déforestation. Le CO2 stocké dans les forêts serait alors libéré dans les airs. »

Ne pas arrêter le bio

Il ajoute: « L’utilisation de pesticides est très dangereuse pour la biodiversité, et sans doute aussi pour la santé. Il ne s’agit pas pour nous de dire: arrêtons le bio. » Après l’explosion du scandale de la viande faussement bio, le ministre wallon de l’agriculture René Collin s’est accordé: « Nous regrettons amèrement de constater à nouveau une fraude qui jette le discrédit sur une filière qui est, en Wallonie, de qualité et très contrôlée. »

Chez nous, le bio est globalement de qualité. Lorsqu’un produit est étiqueté comme tel en Europe, cela signifie qu’au moins 95 % de ses ingrédients agricoles ne sont pas issus de l’agriculture traditionnelle et ne contiennent donc ni pesticide, ni engrais, ni OGM. Quant à la viande… « Les animaux doivent avoir été nourris par des aliments bios dont 60 % sont originaires de la région, explique le chargé de communication chez Biowallonie John Blanckaert. En Wallonie, on parle de 300 kilomètres. La Flandre accepte l’Europe entière… De plus, le label garantit qu’ils ont été soignés par homéopathie et élevé dans un espace adapté. »

Mieux contrôler

Pour éviter les scandales, la solution évidente est de renforcer les contrôles… « Ils ont lieu à l’improviste et à tour de rôle par les quatre agences de contrôles belges pour éviter les connivences entre les contrôleurs et les producteurs, poursuit John Blanckaert. Une fois une irrégularité détectée, le label peut être perdu. »

Pour rassurer les consommateurs, la transparence semble également essentielle. La chaîne de supermarché Färm l’a bien compris. « En tant que coopérative, nous invitons les consommateurs à participer au développement de notre terroir bio belge », explique le directeur opérationnel Jean-David Couderc. Pour s’assurer de la qualité de sa nouvelle gamme de viande bio « Nu! », Färm a notamment participé à la rédaction du cahier des charges qui garantit une alimentation « aussi locale que possible ». Le secret de l’alimentation saine, éthique et responsable serait bien là, entre le bio et le local. Mais cela se paie… Les aliments labélisés, en effet, coûtent plus cher à produire. Comme le révèle cette toute fraiche enquête française menée par l’UFC-Que choisir, son prix plus élevé vient en outre du fait que la grande distribution s’octroie des marges brutes plus élevées de 75 % en moyenne que pour les produits conventionnels.

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