Trottinettes électriques: jusqu’où iront-elles ?

La trottinette électrique fait des ravages partout où elle passe. Mais en Belgique, son intégration se fait au petit trot, ce qui a le don de plaire aux autorités des villes que les opérateurs lorgnent.

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Depuis son implantation impromptue en Belgique dans le courant de l’année passée, la trottinette électrique a connu un essor irrégulier mais marqué. D’une flotte de trottinettes d’à peine quelque dizaines de trottinettes en août dernier, les cinq opérateurs actuellement actifs ont porté le contingent de trottinettes disponibles en free-floating dans la capitale à 4200 unités. Davantage sont à prévoir, d’autant que la demande ne diminue pas. “Nous ajustons notre offre de trottinettes aux besoins de nos utilisateurs”, avance Romain Dekeyser, directeur des opérations de Lime, opérateur le plus présent à Bruxelles. “Il nous reste encore une marge de développement en région bruxelloise. Trois communes ne sont pas encore couvertes par nos services”.

La Belgique est un bon investissement les opérateurs. Loin d’être prioritaire aux yeux des opérateurs bien plus alléchés par les perspectives qu’offrent les mégalopoles, elle bénéficie amplement de son implantation en second rideau. Dans des villes comme Paris, Milan ou Portland les opérateurs ont débarqué sans crier gare et déployé des trottinettes par milliers. Cette arrivée soudaine a eu pour conséquence de contrarier les citadins, pas encore habitués à ce que pareils engins filent à cette vitesse.

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La flotte à la flotte

En Belgique, même si l’introductions des trottinettes à Uccle et à Saint-Josse ne s’est pas faite sans accroc, la donne a été tout autre. “Nous avons reçu des plaintes au début de notre déploiement, mais nous en recevons déjà moins maintenant que les gens commencent à s’habituer. Et on observe à Bruxelles un des taux de vandalisme les plus bas d’Europe”, s’étonne Romain Dekeyser. L’évolution progressive et échelonnée du nombre de trottinettes n’y est pas étrangère. “Le grand nombre de touristes parmi les utilisateurs pourrait aussi être une explication”, avance Inge Paemen, porte-parole de Bruxelles-Mobilité.

Le succès de la micro-mobilité à Bruxelles a encouragé les opérateurs à étendre leurs activités à d’autres villes belges, à savoir Namur, Louvain-la-Neuve, Anvers et Liège. En dépit de leur flotte bien moins importante – qui n’excède jamais les 300 unités – les actes de vandalisme y sont plus proportionnellement plus importants. Une vingtaine de trottinettes à Liège et une trentaine à Namur ont déjà été repêchées alors qu’elles végétaient dans les cours d’eau avoisinants. Le vandalisme n’est pas une donnée négligeable. Même à Bruxelles, cinq opérateurs ont dû baisser pavillon en raison des coûts engendrés par la réparation de la quarantaine de trottinettes saccagées.

La politique de la politesse

Si certaines compagnies n’en démordent pas, c’est notamment grâce au soutien des autorités avec lesquelles elles travaillent main dans la main. “D’un point de vue politique, il y a une très bonne entente les autorités administratives et notre société”, se félicite Romain Dekeyser. “Les trottinettes n’ont jamais causé le chaos ou l’anarchie depuis leur déploiement en mi-avril”, relativise Arnaud Lombardo, échevin de la mobilité de la ville de Liège. “Avant de s’implanter, les opérateurs nous ont sollicités pour faire part de leur intérêt. De sorte à éviter les problèmes qui se sont produits ailleurs, nous avons décidé de leur faire signer une charte évolutive. Si les choses se dégradent, nous pourrions dès lors serrer la vis.

>> À découvrir également dans notre dossier nouvelle mobilité: « Trottinettes électriques: quels risques présentent-elles ? » 

Cette charte circonscrit, autant à Namur qu’à Liège, notamment les limites des territoires dans lesquels peuvent circuler les trottinettes et définit des zones de stationnement. Pour éviter de froisser les esprits, les opérateurs tiennent à collaborer avec les autorités. Et afin de légitimer leur présence auprès de la population, ils ont parfois recours aux acteurs du tissu associatif local. Ce sont donc Rayon9 à Liège et Le Coursier wallon à Namur qui prennent en partie en charge le ramassage des trottinettes. Plutôt que de démarrer en trombe et prendre le risque de chuter devant les obstacles, les opérateurs semblent maintenant chercher l’équilibre. Une attitude qui plait, comme le montre l’intérêt porté par Charleroi, peut-être le prochain port d’attache des trottinettes électriques.

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