Frais scolaires : la Ligue des familles dénonce des pratiques choquantes, les instituteurs tempèrent

Des enfants discriminés ou obligés de s'asseoir par terre sur le temps de midi... Des témoignages dépeignent la dure réalité de la rentrée pour une série d'élèves issus de familles précarisées. Mais ces pratiques resteraient marginales selon les profs.

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Grande vague d’émoi dans le milieu de l’enseignement et chez les parents, la Ligue des familles a balancé ce mercredi son dossier de rentrée sur le coût des fournitures scolaires. Et il fait mal. Il y est question d’abus, de frais illégaux et même d’humiliation et de discrimination d’enfants.

Une série de témoignages récoltés par la Ligue des familles ou par le Délégué général aux droits de l’enfant rend compte de pratiques choquantes ayant lieu dans plusieurs écoles wallonnes et bruxelloises. Dans certaines d’entre elles, les noms des enfants dont les parents n’ont pas payé les frais scolaires sont par exemple cités tout haut devant la classe ou affichés sur une feuille. Des parents ont également fait état de bulletins retenus ou de points en moins en cas de difficultés de paiements.

T-shirt, voyage et temps de midi

Parmi les controverses, le « droit de chaise » qui consiste à faire payer le temps que les élèves passent à l’école sur le temps de midi. Un forfait hors repas légal mais difficile à assumer pour certains. « Notre école nous demande 1,90 € par temps de midi pour « droit de chaise ». Ayant sept enfants, je vous laisse imaginer l’argent qui s’envole chaque mois : 200 € juste pour s’asseoir quinze minutes au réfectoire, alors que je fais sept boîtes à tartines chaque soir » racontait Pascal sur la page Facebook de la Ligue. Les prix varient selon les écoles mais l’organisation estime que 20% des élèves francophones doivent s’acquitter de ce droit de chaise. Un taux bien plus élevé à Bruxelles qu’en Wallonie cependant. Parfois, les enfants sont obligés de s’asseoir par terre ou d’attendre que leurs parents viennent les chercher.

Des frais pas vraiment scolaires qui viennent s’ajouter aux toujours sensibles coûts des voyages de classe. « Bien sûr, cette vaste zone floue, hors temps scolaire, qui fait de tous ces frais des dépenses parfaitement légales, ne s’arrête pas là. Le grand sujet de controverse qui revient tous les ans : les voyages et autres sorties scolaires » prévient la Ligue des familles. Elle rappelle également la pression qui pèse sur les parents, puisqu’un voyage ne peut avoir lieu que si 90% des élèves y participent (75% en maternelle). Un moyen selon la Ligue d’effectuer un premier écrémage à l’inscription. « Les écoles diront : »Vous pouvez inscrire votre enfant. Pas de problème. Sachez simplement qu’un séjour au ski est prévu pour un coût de X centaines ou milliers d’euros ». De quoi refroidir les familles les moins à l’aise financièrement. »

Des abus considérés comme licites rejoints ensuite par ceux qui sortent du cadre légal mais que les écoles continuent de réclamer. Typiquement, le t-shirt de gym aux couleurs de l’établissement que chaque élève est obligé d’acheter. « Obliger les parents à acheter un bonnet de piscine ou un T-shirt de gymnastique au logo de l’école est interdit en FWB. L’école peut demander une tenue type au niveau des couleurs pour les cours de sport, mais elle ne peut pas imposer de vêtements au logo de l’école, elle ne peut que les « proposer ». »

La Ligue dénonce encore des frais de photocopies demandés alors qu’interdits en maternelle et primaire et un minerval déguisé sous la forme d’un versement soi-disant destiné à une activité parascolaire.

Des pratiques isolées

Via son dossier, la Ligue des familles dresse un portrait très noir de la situation des élèves victimes des difficultés de leurs parents et du comportement de certaines écoles. Et la Ligue en est consciente : « Il y a autant de modes de fonctionnement en la matière que d’écoles. La plupart font des efforts, elles travaillent avec des budgets serrés, souvent pour offrir un maximum aux enfants dont elles ont la charge. Hélas, la variable d’ajustement est souvent prise dans la poche des parents. »

Une nuance également portée par les professionnels que nous avons rencontrés. « Je n’avais jamais entendu parler d’enfants obligés de s’asseoir par terre ou discriminés publiquement parce que leurs parents avaient du mal à payer, signale Marie-Andrée, institutrice primaire dans la région de Mouscron. Ce n’est pas le cas chez nous. Nous faisons attention à ne pas exiger plus de fournitures qu’il n’en faut. Mais on sent que les parents se coupent en quatre pour offrir à leurs enfants du matériel neuf. Ils font le max pour tout acheter alors que ce n’est pas toujours nécessaire. »

Œil attentif et cœur sensible

Selon la directrice d’une école bruxelloise, la majorité des établissements tente de travailler au prix le plus bas. « Si les parents ne paient pas, et il y en a un certain nombre, nous essayons de dialoguer avec eux. Mais jamais cela ne retombe sur l’enfant ! » Elle déplore par ailleurs le déséquilibre qui existe au niveau des attributions de subsides. « Tous les enfants ne sont pas égaux face à la gratuité. La Fédération Wallonie-Bruxelles ne distribue pas les subsides de manière équitable et le réseau officiel est plutôt favorisé. Nous recevons 2000 euros par an pour l’achat de manuels qui en coutent au total 90 000. »

Pour Marie-Andrée, le supplément d’allocation destiné à l’achat de fournitures devrait peut-être directement être envoyé à l’école. « Elle pourrait ainsi gérer ce budget pour l’utiliser de la meilleure manière pour chaque enfant et leur fournir ce dont ils ont vraiment besoin. »

Un avis partagé par Christophe, son mari, lui aussi instit, dans une école du centre-ville de Tournai. Selon lui, les enfants plus précarisés ressentent déjà assez leur situation pour encore être épinglés devant leurs camarades. « Nous gardons un œil attentif à ce qu’ils soient respectés et intégrés, mais ce n’est pas toujours évident. Nous devons aussi reconnaitre qu’il nous est déjà arrivé de nous dire qu’un enfant profitait de repas que ses parents n’avaient pas payés et qu’à terme, cela provoquerait des trous dans la caisse de l’école… Mais ce genre de réflexion ne dure jamais plus d’une semaine. Qu’ils ne mangent pas la même chose que les autres nous fait trop mal au cœur. »

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