Comment Amazon condamne l’avenir du livre

Le géant Amazon veut s’imposer partout où il passe. Et le marché du livre ne fait pas exception.

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Le mensuel américain The Atlantic a consacré un article à Amazon et ses vues grandissantes sur le monde littéraire. Et le moins que l’on puisse écrire, c’est que l’entreprise de Seattle a toutes les cartes en main pour former le monopole qu’elle souhaite constituer.

Amazon Publishing n’est certainement pas le service le plus réputé de l’entreprise (originellement) de distribution, mais les perspectives que ce segment représente sont particulièrement alléchantes. En vendant ses e-books sur ses plateformes de lecture en ligne, que ce soit Kindle ou Prime Reading, Amazon réussit la gageure d’être à la fois éditeur et vendeur du livre et peut donc s’arroger la part du lion et même rogner les os. Et ce sans compter les revenus issus des abonnements ou dégagés lors de l’achat éventuel des appareils de lecture.

Facture salée pour moyenne facture

Quelque 6 millions de foyers américains ont souscrit un abonnement Prime Reading, donnant accès à un catalogue de plusieurs milliers de livres, magazines et journaux. Les plus férus peuvent même se tourner pour 10 dollars mensuels supplémentaires vers l’offre pléthorique de Kindle Unlimited, et les enfants vers Prime Book Box pour la modique somme de 20 dollars chaque mois.

Amazon édite 1100 livres par an, ce qui est relativement peu eu égard aux standards des éditeurs concurrents. La différence, c’est qu’Amazon détient un canal qui lui offre pignon sur rue. Lorsque le site d’Amazon recommande des livres, ce sont les livres estampillés Amazon qui se retrouvent en haut des sélections. Evidemment, ces livres de facture assez moyenne se retrouvent de la sorte propulsés en tête des ventes.

Le lectorat qu’Amazon draine ne recherche pas la sophistication des classiques de la littérature, mais plutôt des fictions, généralement policières ou romantiques, accessibles et rapides à lire. Tout bénef pour la firme de Seattle, qui peut capitaliser sur davantage d’œuvres, mais doit dès lors en demander davantage à ses auteurs attitrés. Certains sont supposés écrire jusqu’à trois livres par mois ! Des auteurs jusqu’alors inconnus au bataillon mais prolifiques sont ainsi révélés du jour au lendemain. La volonté d’Amazon est de creuser davantage encore le filon et d’embaucher des figures plus bankables comme Mindy Kaling, scénariste et actrice de la série The Office.

Netflix du livre

Amazon a créé une sorte de Netflix du livre, mais en rendant l’expérience de l’acheteur encore plus pernicieuse. Parce qu’en vendant des livres, le membre du club Gafa oriente ses consommateurs à se diriger vers ses autres services et vise ainsi à garder à une emprise sur eux. Pour preuve, le nombre de personnes qui aurait contracté l’abonnements Prime après une période d’essai gratuit est supérieur à celui des personnes qui se sont bornées à cette période d’essai. Interrogé par le Wall Street Journal, un agent littéraire a déclaré à ce propos : “{Amazon} ne se joue pas du système, {il} le possède.”

Cette logique ne se cantonne bien sûr pas aux livres, mais traduit la dépendance qu’exerce la société américaine sur ses clients. Le grand manitou Jeff Bezos a d’ailleurs déclaré éhontément que “quand nous gagnons un Golden Globe, cela nous aide à vendre plus de chaussures.” Quand le livre édité par Amazon You Are (Not) Small a remporté le prix Theodor Seuss Geisel du meilleur livre pour enfants, les ventes de couches pour bébés auraient grimpé en flèche. Bientôt, on apprendra peut-être qu’il y a une corrélation entre les ventes du magazine Moustique et celles des insecticides…

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