Trottinettes électriques: quels risques présentent-elles ?

Les trottinettes électriques ont débarqué l’an passé dans les rues de Bruxelles, s’attirant les foudres des usagers de la voirie. Les débordements existent, mais la réglementation progresse.

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Elles sont partout dans nos rues, sur nos trottoirs, devant nos portes ; elles s’y dressent fièrement, guettant le moindre lève-tard en quête d’un moyen rapide pour rejoindre son lieu de travail, le moindre touriste souhaitant battre le pavé et découvrir la ville sans effort, le moindre tire-au-flanc trop paresseux pour couvrir les deux kilomètres qui séparent sa maison du Proxy ; elles sont aussi la raison pour laquelle piétons et automobilistes se réveillent en pleine nuit, perclus et pris de sueurs froides. Selon les dires de certains, les trottinettes électriques partagées seraient le nouveau fléau de notre temps.

À la simple évocation du terme “trottinette”, Antoine se fend d’une grimace révélatrice du poids de l’âge. “Avant, je les aimais bien. Les gosses s’amusaient bien dessus, ils faisaient de mal à personne. Maintenant, ce sont des machines qui vont à 90 km/h (sic) conduites par des abrutis.” À ses côtés, sa femme Fiona fronce les sourcils d’un air désapprobateur. “Tu sais, ils sont pas tous comme ça. Une fois, il y en a un qui m’a gentiment laissé traverser au passage piéton. Et quand je me suis tournée vers lui pour le remercier, je voyais bien que la voiture derrière lui était énervée ! »

>> À découvrir également dans notre dossier nouvelle mobilité: « Trottinettes électriques: où est-ce que ça freine ?« 

Trotti-trotta

Le sujet, extensivement couvert dans les médias, est pour le moins clivant. Piétons et automobilistes font front commun pour défendre leur pré carré et se plaindre de ces encombrantes furies silencieuses. Les voiries belges ne sont clairement pas adaptées à la circulation simultanée de plusieurs modes de transport – voitures, vélos, tram, bus… – et les différents usagers sont souvent obligés de faire frotti-frotta pour se frayer un chemin. Dans ce paysage archibondé, les trottinettes – surtout en free-floating, soit celles en libre accès dans les rues – apparaissent à certains égards comme un mode de transport superfétatoire.

Au rayon des doléances à l’encontre des trottinettes électriques, deux choses reviennent systématiquement. “Le stationnement pose parfois problème, pour les personnes à mobilité réduite notamment. Et certains usagers ont un comportement sur les routes et les trottoirs qui laisse à désirer”, affirme Benoît Godart, le porte-parole de Vias, l’institut belge pour la sécurité routière.

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Pourtant, le code de la route est clair quant à l’usage de la trottinette. En tant qu’objet, elle ne peut obstruer le passage des piétons sur le trottoir, leur laissant au moins 1m50 de marge. Le trottinétiste doit également calquer son comportement sur celui du cycliste sur la route et ne pas y dépasser 25 km/h, et sur celui du piéton sur le trottoir et ne pas y excéder 6 km/h. Dans les faits, nombreux sont les utilisateurs à ne pas respecter ces règles fondamentales.

Les utilisateurs se trouvent parfois emportés par leur âme d’enfant et ne respectent pas les règles du code de la route”, avance Inge Paemen, porte-parole de Bruxelles-Mobilité. La Région a réagi en mettant en place une campagne de prévention sur les réseaux sociaux, mais va également déployer des patrouilles à partir du 1er septembre pour contrôler le parcage des trottinettes. Les agents de police et certains de la Stib pourront également verbaliser les infractions. Respect de la vie privée oblige, celles-ci seront adressées à l’opérateur, qui pourra alors se tourner vers l’utilisateur contrevenant à ses conditions d’utilisation et le mettre à l’amende. “C’est l’utilisateur qui est responsable de son comportement, pas l’opérateur”, argue Inge Paemen. “De toute manière, avec le temps, l’effet gadget de la trottinette disparaît et les utilisateurs se responsabilisent”, certifie Stéphanie Scailquin, échevine de la mobilité de la ville de Namur.

Casque et casse

L’utilisation de la trottinette n’est pas sans danger, à plus forte raison quand l’utilisateur est en état d’ébriété. “La nuit, presque la totalité des gens qui arrivent à l’hôpital des suites d’accidents de trottinettes arrive sous l’influence de l’alcool, déplore Benoît Godart. À cet effet, un couvre-feu est envisageable.” Plus difficile à instaurer, l’obligation du port du casque pourrait être rédhibitoire auprès des trottinétistes. L’usage de la trottinette électrique n’est pas toujours planifié, et il est inconcevable pour certains de se coltiner un casque à longueur de journée. Aussi, si le port du casque était rendu obligatoire pour les trottinétistes, il devrait également l’être pour les cyclistes. En clair, face au dilemme attrait/sécurité, la balance penche davantage vers la première option.

Les compagnies d’assurances ont en tout cas aligné leurs conditions pour permettre le remboursement des trottinettes accidentées. Dans la majorité des cas, les trottinettes électriques seront dotées de la même couverture que les vélos, à condition de disposer d’une assurance responsabilité civile familiale. Il faut toutefois faire attention, car certaines assurances ne couvrent pas les accidents de trottinette allant à plus de 18 km/h.

À l’heure actuelle, il n’y a encore eu qu’un seul décès de trottinétiste survenu à Bruxelles. Étonnamment, les 21 décès dus à des accidents de la route arrivés dans les rues bruxelloises l’an passé n’ont pas eu droit au même battage médiatique. Si l’arrivée des trottinettes a charrié son lot de critiques, “les trottinettes ont leur place dans la vie mobile. Il y a des trottinétistes qui ne respectent pas les règles, mais tout comme chez les cyclistes, piétons et automobilistes en somme. Et le sentiment quant aux incivilités est légitime, mais ce n’est pas pour ça que l’outil n’est pas efficace”, conclut Inge Paemen. L’imprudence n’est certainement pas l’apanage des seuls trottinétistes.

Retrouvez les deux prochains articles de notre dossier spécial sur les trottinettes les 21 et 23 août. 

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