Sophie, 30 ans, n’a pas d’envie sexuelle

1 % de la population est asexuelle. Sophie, jeune Bruxelloise, en fait partie. Elle a décidé de se confier publiquement sur sa vie intime pour aider les ados qui se posent des questions et rappeler que ce n'est pas une maladie.

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L’asexualité est l’orientation sexuelle des personnes qui n’ont aucune envie sexuelle. Bien qu’elle concerne 1 % de la population, selon les études, elle fait l’objet de beaucoup de clichés. Aujourd’hui fiancée à l’homme de sa vie, Sophie Hermant, une Bruxelloise de 30 ans, a décidé de les déconstruire.

Pourquoi acceptez-vous de discuter publiquement d’un sujet aussi intime ?

Quand on est jeune, on se pose plein de questions sur la sexualité en général. On comprend assez vite qu’une vie sexuelle épanouie est considérée comme un aboutissement, quelque chose à absolument atteindre. Or moi, je ne ressentais pas ce besoin. À un moment donné, je me suis demandé si j’avais un problème. Sauf que je ne le vivais pas mal… Donc ce n’était pas un problème. J’ai fait mes premières recherches, puis j’ai laissé ça de côté. Vers 25 ans, j’ai eu ma première relation avec un garçon, mais je n’avais pas d’envie pour lui. Je pouvais quand même avoir des relations sexuelles avec lui. Physiquement, tout va bien. C’est l’envie qui manque. J’ai fini par lui expliquer et il m’a quitté sans chercher à me comprendre. Alors bien sûr, c’est intime, les autres n’ont pas besoin de connaître ma sexualité, mais il est important de faire relativiser les adolescents et adolescentes qui se posent ces questions, mais aussi d’expliquer aux gens ce qu’est l’asexualité. Ce n’est pas le fait d’être homosexuel, ni d’être frigide. Il s’agit encore moins d’une maladie.

Quand avez-vous découvert votre asexualité ?

Je me suis posé des questions vers la vingtaine. Le sexe ne me manquait pas. Avoir une relation affective me faisait un peu envie, mais je suis une personne solitaire. Je suis asexuelle, mais hétéroromantique. Je suis actuellement en couple et on va se marier. Cette personne est au courant et ça ne pose pas de problème. Les gens se demandent souvent si on a des rapports sexuels: oui, on en a. Ils sont très bien.

Comment avez-vous abordé le sujet avec votre futur mari pour la première fois ?

Avant d’être ensemble, on était amis. C’était simple car il avait connaissance de mon asexualité. Il n’y a pas eu d’annonce à faire.

Ça a été difficile de faire accepter votre asexualité à vos proches ? C’est comme un coming out ?

Il y a longtemps eu une pression autour de moi. La plupart de mes amies étaient en recherche de relation, elles draguaient. Moi pas, mais j’avais une pression. On me disait que je n’avais personne car je ne me comportais pas comme il fallait. Mes parents ont eu du mal à comprendre aussi. Quand mon compagnon m’a quitté à l’époque, mon asexualité était la seule raison. J’ai donc été amené à en parler. Ma mère me disait que ça allait changer, que je n’avais pas d’envie, car il n’était pas le bon. Ça n’a pas été mal accueilli, mais il y a eu beaucoup d’incompréhension. Pour beaucoup, l’asexualité n’existe pas.

Comment expliquez-vous le tabou qui règne autour de l’asexualité ?

Quand une chose n’est pas connue, elle fait peur à la société, car elle remet en question ce que sont les gens de manière générale.

Aujourd’hui, vous le vivez bien ou vous vous posez encore des questions ?

Je suis épanouie. Étant donné que moi, de base, je n’ai pas d’envie sexuelle, avec mon compagnon il y a beaucoup plus de dialogue, de respect et de confiance. Trouver sa voie n’est pas simple quand on est jeune. Malgré les pressions extérieures et les normes, il faut s’accepter et ne pas se renfermer sur soi-même.

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