En 2030, aurez-vous encore une cuisine à la maison?

Selon les prévisions les plus pressées, on pourrait ne plus prévoir d'espace pour préparer de bons gueuletons dans nos logements d'ici 10 ans. La transition est déjà en cours, même si vous ne l'avez pas encore remarquée.

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Lorsque la cheffe du design intérieur chez Ikea Australie Tiffany Buckins évoquait pour la première fois la disparition des cuisines traditionnelles de nos maisons, au début de l’année 2018, personne ne la prenait au sérieux. Depuis, les sociologues, les architectes, les promoteurs immobiliers, les bureaux d’études ont commencé à s’intéresser à la question. Aujourd’hui, la voix majoritaire va totalement dans le sens de l’employée du groupe suédois, évoquant les mêmes arguments. Elle expliquait alors: « L’urbanisation voit de plus en plus de gens déménager vers les villes. Cela remet nos modes de vie en question. Nous savons également que la superficie moyenne des maisons diminue. À l’avenir, vous n’aurez peut-être plus besoin d’une cuisine, car vous pourrez vous rendre dans une zone commune pour concocter vos repas ou réchauffer votre plat préparé. »

Un truc de riches

Contrairement à ce qu’on peut penser aujourd’hui tant on y est habitué, la cuisine comme pièce centrale de la maison ne va pas de soi. Pendant des siècles, elle était réservée aux domestiques. Ceux qui n’en avaient pas préparaient leur pitance là où ils pouvaient, mais certainement pas dans un espace dédié.

Aujourd’hui encore, cette pièce familiale n’est pas l’affaire de la majorité. En Afrique, en Asie, en Amérique latine, elle serait plus souvent commune ou inexistante. Les restaurants extrêmement bon marché font partie de l’explication. La cuisine serait plutôt un truc d’Occidentaux contemporains bien installé dans une société relativement riche et prospère. Cela pourrait toutefois n’avoir été qu’un accident de l’histoire. Dans un rapport intitulé « Is the kitchen dead? », la banque suisse UBS prédit la disparation globale de cette pièce d’ici 2030. Le scénario évoque un monde où « la plupart des repas actuellement cuisinés à la maison sont remplacés par des commandes en ligne et livrées depuis des restaurants ou des cuisines centralisées ».

Si on garde les pieds sur Terre, il est peu probablement que nos maisons se transforment aussi drastiquement à un horizon si court. La tendance est cependant bien là. Face à l’augmentation du prix de l’immobilier et des loyers, les espaces privés ont tendance à se réduire ou à se partager. CityRealty, une des plus importantes agences immobilières américaines, affirme que la cuisine est le premier espace à être sacrifié lorsque l’argent vient à manquer. Selon le rapport, l’espace dédié aux préparations alimentaires est, dans les nouvelles constructions, 13 % plus petit que dans celles des années 60.

À l’ère du « breakfast bar »

Des architectes plutôt influents se positionnent également dans ce sens, évoquant entre autres les contraintes démographiques. Anna Puigjaner, une Espagnole décorée par le Wheelwright Prize, un des plus prestigieux prix remis par l’université Harvard, est l’une d’entre eux. Selon elle, la fin de la cuisine serait un atout économique, car ça créerait des millions de jobs et, soutient-elle, une société plus égalitaire.

Preuve que c’est possible: elle vit déjà dans une maison sans cuisine, mais avec un « breakfast bar », c’est-à-dire un espace du living contenant un évier, un frigo et éventuellement une taque de cuisson. Le reste du temps, elle commande ou mange dehors. Encore faut-il les moyens pour vivre de cette manière en Belgique…

Pour aller plus loin… Découvrez notre article « La fin de la cuisine » dans le numéro de cette semaine. Rendez-vous en librairie à partir de ce mercredi ou dès maintenant sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

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