Jacques Monsieur: pourquoi la Belgique est-elle au cœur du trafic d’armes?

L'arrestation du trafiquant belge rappelle que notre pays est une véritable plaque tournante du commerce illégal d'armes à feu. En cause: la petite superficie du pays, la présence de la FN et le manque de moyens de la police.

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En 2017, Jacques Monsieur est reconnu coupable d’avoir livré des centaines d’armes automatiques, des munitions, des tanks, des hélicoptères et des avions vers des pays en guerre. Il est condamné en appel à 4 ans d’enfermement et à une amende de 1,2 million d’euros. Pour lui, c’en est trop. Il décide de se cacher à Evora, au Portugal. Pas de bol, il oublie de payer la facture (2.500 euros) du transport de neuf chevaux par un éleveur français. Cela a permis à une équipe spéciale de l’arrêter ce jeudi 15 août 2019.  

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Jacques Monsieur est un criminel connu du monde entier depuis qu’il a délivré du matériel de guerre pendant le conflit en Iran dans les années 80. Il représente l’un des visages de la mauvaise réputation de la Belgique. Cela fait des années, en effet, que notre pays est considéré comme la plaque tournante du trafic d’armes en Europe. Selon l’état des lieux réalisé par le Vlaams Vredesinstituut, entre 100.000 et 700.000 armes seraient en circulation chez nous de façon illégale. En 2018, la Police fédérale a enregistré une hausse de plus de 50 % de faits de « détention illégale d’armes à feu » par rapport à l’année précédente. On est passé de 4.238 procès-verbaux à 6.407. Elle explique cette hausse par deux facteurs. Premièrement, l’augmentation des armes en circulation dans le milieu de la drogue. Deuxièmement, la fin de la période d’amnistie au 31 décembre 2018. Cette dernière permettait aux Belges de régulariser ou d’abandonner leurs armes.

Territoire propice au trafic

« En Belgique, il est très facile de se procurer une arme de façon illicite, explique le criminologue de l’UCLouvain Dan Kaminski. Des journalistes ont déjà essayé de le faire, et l’ont prouvé. Des ventes s’opèrent chaque jour, y compris chez des particuliers. Il faut bien sûr connaître les réseaux. On parle souvent de leur implantation autour de la gare du midi. Les estimations du trafic d’armes, de drogues ou de n’importe quelle marchandise sont toujours faussées. Les contrôles ne permettent de saisir que 10 % des trafics. Les chiffres sont à prendre avec d’énormes pincettes. »

Si la Belgique est devenue une plaque tournante des armes à feu, mais aussi de la drogue et de la contrefaçon, ce n’est pas un hasard. D’abord, la présence de la FN Herstal inscrit notre pays dans une tradition de possession et de commerce d’armes. Sa position géographique, au centre de l’Europe, et sa petite superficie en sont d’autres raisons. « Il est moins risqué de voler ou trafiquer dans un pays où on atteint une frontière rapidement. De plus, le port d’Anvers est propice à ces trafics à cause des bateaux de conteneurs qui viennent du bout du monde. »

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Police inefficace

Enfin, les contrôles de police semblent vraisemblablement insuffisants bien que trois à quatre armes soient saisies chaque semaine et que de grosses arrestations comme celle de monsieur Monsieur défraient parfois la chronique. La volonté de durcir la lutte du ministre de la Justice Koen Geens depuis 2016 n’y change rien. Dan Kaminski termine: « La police reste fondamentalement focalisée sur une délinquance réelle et de basse amplitude. Tout ce qui est délinquance en col blanc, qui suppose des ressources informatiques, ou repose sur des grosses organisations font l’objet d’un faible résultat. Ça ne veut pas dire qu’on n’investit pas assez dans les contrôles. Les organisations criminelles ont toujours une longueur d’avance sur le plan de l’inventivité. Le commerce est une nébuleuse extraordinaire et discerner le licite de l’illicite est un travail épouvantable. »

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