Les Hongkongais ne lâchent rien, Pékin fait claquer le bruit des bottes

Hong-Kong ne s'embrase pas encore mais la rue crie toujours. Dix semaines qu'elle s'oppose à son gouvernement et à la mainmise de la Chine, qui hésite encore à entrer dans le conflit.

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Lundi, le peuple hongkongais contraignait le huitième aéroport mondial à annuler tous ses vols. Malgré le chaos, la journée s’était révélée étonnamment calme. Mais ce mardi, la tension est montée entre les protestataires et les passagers lassés d’attendre le départ de leur avion, mais surtout avec la police qui aurait insidieusement infiltré des agents au sein des manifestants. Les confrontations se sont entourées de violence et la peur d’agents en civil a provoqué des passages à tabac de personnes soupçonnées d’être des fonctionnaires hongkongais. Ce mercredi, l’occupation de l’aéroport s’est dissipée mais la contestation devrait se poursuivre dans les rues de Hong-Kong.

C’est l’amendement d’une loi d’extradition annoncé en mars par la cheffe de l’exécutif Carrie Lam (désignée par le régime chinois) qui a mis le feu aux poudres. Il permettrait à Pékin d’extrader des détenus hongkongais et de les juger en Chine, dont le système judiciaire, très politisé, est loin d’être le plus fiable au monde. Les militants prodémocratie craignent une chasse à l’homme et un jugement tout sauf impartial. Il constituerait également un pas décisif vers une incursion de Pékin dans la vie politique et judiciaire de Hong-Kong.

Le Front civil des droits de l’Homme avait déjà appelé à la contestation en mars et en avril mais c’est en juin que les Hongkongais ont réellement commencé à descendre dans la rue. Le 9, ils étaient plus d’un million (soit un habitant sur sept) à crier leur opposition à l’amendement. D’abord pacifiques, les manifestations, organisées sans leader, ont gagné en violence dans le courant du mois de juillet. Si l’on ne déplore pour le moment que peu de dégats humains, un femme a tout de même perdu un oeil dans les confrontations et est par là devenue un symbole de la répression policière.

« Défendez Hong-Kong ! »

Le gouvernement de Hong-Kong est jusqu’ici resté sourd aux revendications, qui ont continuellement évolué depuis le début des manifestations il y a dix semaines. Outre l’abandon de l’amendement et la démission de Carrie Lam, la rue réclame aujourd’hui un véritable suffrage universel pour élire ses représentants, des enquêtes sur le comportement des forces de l’ordre et l’arrêt de l’utilisation du mot « émeute » pour qualifier les protestations. En effet, les manifestants n’ont jusqu’ici visé que les symboles des institutions, laissant les commerces et les biens privés tranquilles. Ils sont néanmoins diabolisés par les autorités, Carrie Lam en tête. « La violence poussera Hong Kong sur une voie sans retour et la société hongkongaise risquera alors de plonger dans une situation très inquiétante et dangereuse » explique-t-elle, les larmes aux yeux.

Une émotion qui n’a calmé personne. Au contraire, les manifestants continuent de crier la défense de leurs droits. « Défendez Hong Kong ! Défendez les libertés ! » criaient-ils à travers le hall de l’aéroport. Certains militants affirment avoir déjà rédigé leur testament et être prêts à mourir pour « sauver leur ville de la tyrannie ».

La Chine dans les starting-blocks

Officiellement, la Chine reste en retrait et laisse les forces de l’ordre hongkongaises gérer les manifestants. Mais chaque jour semble rapprocher l’armée chinoise d’une intervention. Après la publication de vidéos montrant le matage de manifestations de 1997 (date la rétrocession de Hong-Kong à la Chine), le régime de Xi Jinping a mis en avant l’arrivée des forces armées le long de la frontière.

Va-t-elle pour autant passer à l’acte ? Impossible à dire jusqu’ici. Son vocabulaire alarmiste n’est pas anodin. Lorsqu’elle dénonce les attaques « quasi-terroristes » envers deux Chinois, elle s’offre le droit d’entrer de front dans le conflit. L’armée chinoise attend également que les forces hongkongaises reconnaissent être dépassées pour franchir la frontière. Les opérations de com’ et les menaces répétées d’interventions violentes servent à effrayer les protestataires. Car de nombreux experts s’accordent à dire qu’une répression venant de Pékin aurait de dramatiques conséquences économiques et verrait le monde lui tomber dessus. S’il trépigne à l’idée d’aller casser du manifestant, le gouvernement chinois devrait donc encore se contenter d’attendre que le mouvement prodémocratie s’estompe. C’était arrivé en 2014 lorsque la manifestation des parapluies, demandant l’instauration du suffrage universel, avait entrainé l’arrestation de plusieurs meneurs et n’avait débouché sur aucune concession.

Dernière solution, céder aux revendications des Hongkongais. Mais ça, autant rêver. 

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