Pourquoi la mort de Jeffrey Epstein provoque-t-elle un scandale aux États-Unis?

Arrêté en juillet 2019 pour trafic sexuel de mineurs, le financier américain a été retrouvé pendu dans sa cellule ce week-end. Ce "suicide apparent" est qualifié de "suspect" et deux enquêtes ont été ouvertes.

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« J’ai besoin de plus d’informations avant de pouvoir rendre des conclusions », a déclaré Barbara Sampson, la médecin légiste en chef de New York, après avoir procédé à l’autopsie de Jeffrey Epstein dimanche soir. Ce milliardaire américain, membre de la jet set, était incarcéré depuis juillet dernier pour plusieurs agressions sexuelles présumées sur mineures. Il a été retrouvé pendu dans sa cellule samedi vers 6h30 du matin. Si « les pédophiles inculpés de crimes fédéraux ont un haut risque de suicide », comme l’a rappelé dans un tweet l’ex-ministre adjoint de la Justice Rod Rosenstein, la disparition du financier fait l’objet de nombreuses théories du complot et spéculations.

Anomalies carcérales

Depuis une première tentative de suicide le 23 juillet dernier, le prisonnier faisait l’objet d’une surveillance renforcée anti-suicide… En théorie. Plusieurs agents pénitentiaires ont en effet informé les médias que les procédures de surveillance n’étaient plus d’application depuis le 29 juillet pour des raisons pour l’instant « inexpliquées et non conformes à la procédure », d’après le New York Times. Des rondes, prévues toutes les 30 minutes, n’ont pas eu lieu et il était seul dans sa cellule (alors que la règle veut qu’ils soient deux). Surprenant pour une prison réputée pour être l’une des plus sûres du pays (le Metropolitan Correctional Center). C’est notamment là que fut enfermé le célèbre narcotrafiquant mexicain Joaquin Guzman « El Chapo ».

Le ministre américain de la Justice William Barr a annoncé l’ouverture de deux enquêtes sur les circonstances de la mort du détenu, l’une du FBI, l’autre des services de son ministère.

Jet set et viols

Au fil du temps, Epstein s’est tissé un réseau d’hommes riches et puissants (politiques, patrons de grands groupes, leaders étrangers, scientifiques), soit autant de personnes qui, même après sa première condamnation en 2008, ont continué à le fréquenter. Le milliardaire était notamment connu pour organiser des soirées dans ses résidences de luxe où plusieurs adolescentes étaient invitées. Forcées à faire des « massages », elles étaient ensuite contraintes à des rapports sexuels forcés. Parmi ses nombreux invités, on trouve Donald Trump, Bill Clinton ou encore le prince Andrew, fils de la reine Elizabeth II. Des personnalités qui risquaient donc de se retrouver dans le viseur de la justice à l’approche du procès d’Epstein…

© Belga ImageL’une des propriétés d’Epstein sur l’île de Little St. James © Belga Image

Les dernières accusations à l’encontre du financier venait d’une certaine Virginia Giuffre. Dans un dossier judiciaire de 2.000 pages rendu public vendredi, la trentenaire cite plusieurs hommes politiques avec lesquels elle aurait été forcée d’avoir des relations sexuelles: George Mitchell (ancien sénateur du Maine), Jean-Luc Brunel (patron français de l’agence de mannequins MC2), Bill Richardson (ex-gouverneur du Nouveau-Mexique et ancien ministre de l’Énergie de Clinton), le prince Andrew (encore lui) et Alan Dershowitz (professeur de droit à Harvard). Tous ont démenti, mais auraient pu être bien embêtés pendant le procès.

À la Maison Blanche

De son côté, le président américain Donald Trump, ami et voisin d’Epstein dans les années 90 à Palm Beach, a encouragé les théories les plus folles sur la mort de son ancien copain. Samedi soir, il a en outre retweeté une vidéo postée par le comédien Terrence Williams et affirmant que le financier « avait des informations sur (l’ex-président) Bill Clinton », sous-entendant que sa mort serait liée à ce qu’il savait.

« Ce que (Trump) fait est dangereux: il donne vie non seulement à des théories du complot mais il fait aussi monter la colère et pire contre certaines personnes », a déclaré Cory Booker, candidat démocrate à la présidentielle 2020. Le président américain se distancie très clairement d’Esptein. Il aurait ainsi déclaré: « Je ne crois pas lui avoir parlé depuis quinze ans. Je n’étais pas très fan ». Un discours très loin de celui qu’il livrait en 2002 à un magazine américain: « Je connais Jeff depuis quinze ans. Un type génial. On s’amuse beaucoup avec lui. On dit même qu’il aime les belles femmes autant que moi, et beaucoup sont plutôt dans la catégorie jeune ».

Enfin, certains suspectent que la fortune du financier lui aurait permis de bénéficier d’une certaine aide (pour se suicider) au sein même de la prison. En réponse à cette théorie, des spécialistes du système judiciaire rappellent que les suicides sont un problème grandissant, mais mal documenté, dans les prisons américaines.

Toujours est-il que si la mort de Jeffrey Epstein en a sûrement soulagé plus d’un, elle laisse les victimes démunies, puisque leur (présumé agresseur) ne répondra jamais de ses crimes…

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