Ce qui attend Remco Evenepoel après ses premiers titres

Remco Evenepoel est-il déjà dans la forme de sa vie ou affiche-t-il seulement son incroyable niveau ? L'avenir nous le dira. En attendant, profitons de l'émergence d'une nouvelle idole et laissons le se préparer aux obstacles qui vont se dresser devant lui.

©Belga

C’est presque trop beau pour être vrai. En 2018, la Belgique et les connaisseurs internationaux découvraient Remco Evenepoel, après son double titre de champion du monde junior, sur route et contre-la-montre. Passé pro cette année, il a, en quelques mois seulement, porté son nom dans les gazettes des quatre coins du monde. Au point d’éclipser la perf d’Egan Bernal, plus jeune vainqueur d’un Tour de France qui restera dans l’histoire comme l’un des plus spectaculaires. La semaine dernière, son numéro à la Clasica San Sebastian a impressionné. Lâché par le peloton, il a fini par s’envoler, décidant de jouer sa carte personnelle, avant de déposer son compagnon d’échappée Toms Skujins et devenir le plus jeune coureur à remporter une course World Tour.

Ce mercredi, il a encore ajouté à son CV un titre de champion d’Europe contre-la-montre devant des pointures comme Lampaert, Asgreen ou Küng. Un Tour de Belgique, San Sebastian, un maillot étoilé… A 19 ans, Evenepoel possède déjà un palmarès à faire rougir de nombreux habitués du peloton. Jusqu’ici, il a confirmé tous les espoirs placés en lui par ceux qui le suivent depuis qu’il a commencé le cyclisme en 2017. Car rappelons qu’il n’a réellement posé ses fesses sur un vélo de course qu’à 17 ans. Fils d’un ancien coureur pro, il a longtemps écumé les terrains de foot, et pas avec n’importe quel club puisqu’il a traversé les équipes d’âge du Sporting d’Anderlecht un brassard au bras.

Un autre statut

Lassé du ballon, il quitte le foot et se met au cyclisme. Et directement, on se rend compte que le ket a tout. Il est puissant, punchy, plein de panache et capable de grimper. Il mêle également une endurance au-dessus de la moyenne à une certaine masse musculaire accumulée sur les terrains de foot (même s’il a un peu maigri pour rapprocher son corps de celui d’un cycliste). Personne ne sait encore dire où se situent ses limites. Et s’il en a, il a encore le temps de les repousser. Notamment en sprint, où il est encore difficile d’évaluer son niveau, et sur les pavés qui lui demanderont une meilleure technique.

Ses larmes sur le podium, destinées à Bjorg Lambrecht (décédé tragiquement après une chute sur les routes polonaises) et son pote Stef Loons (disparu en mars), ont encore donné une autre dimension à son exploit. Elles rappellent aussi la cruauté du cyclisme et la fragilité du fil sur lequel pédalent les coureurs. Les chutes et les blessures ne sont pas les seuls adversaires qu’Evenepoel s’apprête à affronter. Il vivra d’abord bientôt avec un autre statut au sein du peloton, et pourra de moins en moins s’en extirper sans être suivi à la culotte. Ensuite, plus que dans n’importe quel autre sport compte la forme du moment. Et il ne sera pas toujours au top. Il ne devra également pas attendre longtemps pour gérer les inévitables soupçons de dopage entourant ses prestations. Des soupçons qui apparaissent déjà du côté des supporters lambdas et de certains experts.

Remco, juste Remco

Enfin, il y a cette pression, énormissime, mise par ceux qui le voient comme le nouveau Merckx. « Remco est juste Remco » martèle sans cesse son père. Le jeune Remco semble jusqu’ici garder son sang-froid, expliquant dans toutes les langues et avec une lucidité effrayante avoir conscience d’être en avance sur son plan de carrière. Il nous emmène tellement haut avec lui que l’on ne peut que redouter la chute, inéluctable, et l’accepter. Et espérer qu’elle n’aura jamais lieu sur le bitume.

S’il continue comme cela, Remco Evenepoel deviendra juste Remco, comme Justine, Kim, Nafi ou Eden avant lui. Il peut d’ailleurs déjà compter sur le soutien de ses fan-clubs. Mais les supporters belges, comme tous les supporters, ont tendance à rapidement s’habituer à la victoire et finissent par broyer leurs champions à la moindre contre-performance. De Henin aux Borlée en passant par les Diables, les plus grands sportifs belges ont dû accepter de voir leur moindre défaite s’entourer de cynisme auprès de certains fans ou spécialistes. On prie pour que Partick Lefevere, boss de Deceuninck-Quickstep, parvienne à protéger son poulain de cette intense pression. Car même les cannibales doivent composer avec leurs émotions.

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