Retour de la dioxine: l’Afsca contre-attaque

On devrait bientôt connaître l’origine de la contamination des 75.000 œufs retirés de la vente. L’Afsca, justement créée après une dramatique crise de la dioxine, prend l’affaire très au sérieux.

©  Erol Ahmed / Unsplash

La découverte d’une substance chimique et toxique appelée dioxine – dans les œufs bio vendus chez Delhaize, Carrefour, Match et Intermarché – grâce aux contrôles de routine imposés aux producteurs inquiète sérieusement. Pour cause, cette contamination survenue la semaine dernière rappelle la crise du 27 mai 1999. À l’époque, la contamination touche les poulets et les œufs d’un élevage de Roulers. Le polluant organique est présent en quantité 140 fois supérieure à la limite imposée par l’Organisation mondiale de la santé. Les autorités ordonnent alors le retrait de tous les aliments concernés des magasins. La quasi-totalité de la production animale et alimentaire belge est soupçonnée.

Selon une étude de l’Université de Gand, la crise de la dioxine de 1999 serait responsable en tout ou en partie de 20.000 cas de cancer supplémentaires, de 22.000 cas de diabète et de 24.000 cas d’hypertension diagnostiqués. Sur le plan économique, le drame est tout aussi lourd. La crise aurait coûté à l’État belge quelque 45 milliards d’euros, selon les chiffres du Bureau du Plan sortis à l’époque, compte tenu des pertes essuyées par les producteurs, les distributeurs, les frais d’enquête, les contrôles, la perte de confiance des consommateurs, les demandes d’indemnisations… Pour que plus rien de tel ne se produise, l’Agence fédérale pour la sécurité alimentaire (Afsca) est créée par une loi du 4 février 2000.

On comprend maintenant pourquoi cette nouvelle découverte inquiète tant. L’Afsca a ordonné le retrait immédiat des 75.000 œufs concernés. On ne parle pas heureusement des mêmes quantités qu’il y a vingt ans. Chaque gramme de matière grasse contenait cette fois 7,26 picogrammes du polluant décrié, alors que la législation belge en autorise 5. Consommer un de ces œufs ne devrait donc pas détruire votre santé. Mais, preuve qu’elle prend l’affaire très au sérieux, l’Afsca a ordonné la fermeture temporaire de l’entreprise, par précaution.

À ce stade, on ne sait pas si la contamination trouve son origine dans des graisses utilisées pour nourrir le bétail, comme ce fut le cas en 1999, ou ailleurs. Des échantillons ont été envoyés au laboratoire afin de déterminer comment une telle dose a pu se retrouver dans les œufs. Les réponses devraient être données en fin de semaine, ou au début de la prochaine au plus tard.

En Belgique, les contrôles pour détecter la présence de substances parasites sont particulièrement sérieux. Au point que les accidents arrivent assez rarement. En 2018, selon l’Afsca, 99,9 % des 2.764 échantillons prélevés étaient conformes aux normes en matière de dioxine et de PCB (un autre polluant organique). Cette histoire d’œufs contaminés prouve cependant que la Belgique n’est pas à l’abri d’une nouvelle crise alimentaire…

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