À quand l’eau gratuite dans les restaurants ?

L'application Free Tap Water in Belgium répertorie les établissements horeca qui offrent l'eau du robinet à leurs clients. Une belle initiative qui se heurte à la rigidité d'un secteur très sensible sur la question...

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Comme de nombreux Belges, vous êtes peut-être rentrés de vos vacances en France le week-end dernier. Pour continuer un peu à flâner et profiter malgré la reprise progressive du boulot, vous vous êtes attablés à un restaurant pour vous faire une petite bouffe réconfortante. Et là, il vous à manquer quelque chose de si simple et pourtant d’essentiel : une carafe d’eau. Gratuite chez nos voisins, l’eau se monnaye dans la plupart des établissements Horeca en Belgique, au grand dam des touristes (français ou autre) qui n’ont bien souvent pas comptabiliser ce paramètre dans leur budget. Et il faut bien avouer que, même si on y est habitué, l’eau gratuite à table ne nous semble pas une demande exagérée. Après tout, s’hydrater reste le premier de nos besoins primaires Dans 90% des cas, la requête est pourtant refusée…

Résidente à Bruxelles depuis 16 ans, une expatriée britannique a donc eu l’idée il y a quelques mois de créer une page Facebook qui répertorie les établissements proposant de l’eau gratuite. Aujourd’hui, plus de 11.000 personnes la suivent, et une application Free Tap Water in Belgium (« eau du robinet gratuite en Belgique ») a également vu le jour. En deux mois, plus de 4.000 personnes l’ont utilisée. Le principe est pour le moment assez simple. Les clients peuvent soit trouver un restaurant dans la liste soit regarder sur la carte. Pour le moment, 640 restaurants sont indiqués dont 550 à Bruxelles.  « En France, en Italie, en Angleterre, on peut avoir un verre d’eau du robinet gratuit. Pourquoi cela serait-il impossible en Belgique ?« , s’interroge l’instigatrice du mouvement dans les pages du journal Le Soir.

Money money

L’argent est évidement le principal argument employé par les restaurateurs contre l’eau gratuite. À la carte, on retrouve souvent des bouteilles en verre, plus écologique que le plastique, mais cela a pourtant également un coût, notamment environnemental. Consignées, elles ne peuvent être utilisées qu’un certain nombre de fois. Des livreurs doivent les apporter et les évacuer en transport, alors que l’eau de ville est disponible en ouvrant simplement le robinet. Une eau de ville qui, selon le co-président de la fédération Horeca Yvan Roque interrogé par Le Soir, est « mauvaise » (la société des eaux bruxelloise Vivaqua appréciera) et doit être filtrée à l’aide d’une machine qui en retire le chlore et le fer et qui coûte aussi de l’argent…

Mais en vérité, ce n’est pas si simple que ça. « À Bruxelles, la plupart des restaurateurs ne sont pas propriétaires de leur établissement contrairement à ce que les clients peuvent imaginer« , explique un employé horeca d’une institution bruxelloise. « Les restaurants, particulièrement ceux de type « brasserie », sont souvent la propriété de grands groupes brassicoles, comme par exempls AB-InBev ou Alken-Maes, qui octroient des contrats de bail. En signant le contrat, le gérant s’engage à revendre les produits du groupe et ceux de ses sous-traitants. À savoir Coca-Cola, Spa, etc en ce qui concerne l’eau.« 

La culture des brasseries

Les restaurateurs proprétaires de leur établissement ont donc la totale liberté de faire ce qu’ils veulent, notamment servir de l’eau gratuite. Pour les autres, ce geste peut entrer en conflit avec leur contrat car, en offrant l’eau, celui-ci se priverait d’une importante rentrée d’argent. Les brasseries propriétaires peuvent simplement mettre un terme au bail, et le resteurateur se trouver sans emploi du jour au lendemain. Une situation qui se serait déjà produite à plusieurs reprises… 

Pourtant, selon une enquête menée auprès de restaurateurs qui offrent l’eau, pour la grande majorité, cela donne une bonne image de leur restaurant. Plus de 80 % des clients y consomment une autre boisson et reviennent plus souvent. Ils ne constatent donc pas de difficultés financières. La frilosité (pour ne pas dire la rigidité) du secteur face à l’eau gratuite repose donc plus sur les « mauvaises vieilles habitudes » que sur de vrais arguments pertinents. « En France, ils ont la culture de l’eau gratuite. En Belgique, ce sont les brasseries qui font partie de l’Histoire« , constate simplement notre interlocuteur.

Précisons qu’il n’existe en tout cas aucune obligation légale de donner (ou de vendre) de l’eau aux clients, l’Europe laisse la liberté aux tenanciers de décider… Ce qui est sûr, c’est qu’aucun client ne râlera parce que l’eau est gratuite.

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