Pourquoi les États-Unis n’interdisent pas les armes?

La question revient à chaque tuerie sous la forme d'un tragique marronnier. Le contrôle des armes sera-t-il instauré aux Etats-Unis ? Les attaques de ce week-end ont remis le débat sur la table... mais le pouvoir ferme les yeux.

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Les Pères fondateurs pensaient-ils à des armes automatiques capables de tirer des dizaines de munitions à la minute quand ils ont rédigé le célèbre deuxième amendement de la Constitution américaine ? Pas sûr. Alors qu’une trentaine d’Américains ont perdu la vie au cours de deux attaques ce week-end au Texas puis dans l’Ohio, le débat sur le contrôle des armes à feu refait surface. Comme trop souvent.

Après chaque incident du genre, les Américains sont tiraillés entre la colère, la tristesse et l’incompréhension. A chaque fois, les mêmes images apparaissent sur le net : des militants toujours plus nombreux tenant des pancartes dénonçant la facilité de se procurer une arme. A chaque fois, l’issue du débat semble couler de sources. Et à chaque fois, la classe politique fait la sourde oreille. Pourtant, même l’ultra-conservateur et pro-Trump quotidien New-York Post réclame du changement en Une de son édition du jour : Président Trump, l’Amérique a peur et nous avons besoin d’une action courageuse. Il est temps… D’INTERDIRE LES ARMES DE GUERRE.

Si la violence fait partie de l’Histoire des Etats-Unis, les attaques de masse indignent un peu plus à mesure que leur fréquence augmente. Mais ce n’est pas encore suffisant pour faire plier le lobby des armes, la NRA, et la soif de liberté d’Américains toujours incapables de comprendre qu’ils seront plus en sécurité avec moins d’arme dans les rues.

Des chiffres effrayants

Ce week-end, les Démocrates ont directement mis en cause la rhétorique agressive du Président Trump, jamais avare de provocation à l’encontre des étrangers et des immigrés, l’accusant de mettre de l’huile sur un feu déjà vif et d’encourager l’émergence d’un suprémacisme blanc décomplexé.

Mais le camp de Joe Biden et Bernie Sanders est également visé pour son manque d’ambition. Alors que la campagne pour les élections de 2020 a débuté, même les candidats les plus radicaux hésitent à prendre le risque de se positionner dans un pays où l’on dénombre plus d’armes à feu que d’habitants (400 millions d’armes pour 327 millions d’Américains). « Alors que la course à la primaire démocrate est animée par une énergie de gauche et traversée par des débats vigoureux sur des initiatives radicales comme Medicare for All ou le Green New Deal, le manque d’idées audacieuses et de discussions sur les armes à feu est frappant », signale dans son édito Michael Luo, rédac chef du New Yorker. Si les Démocrates n’ont pas tort de pointer le comportement provocant de Donald Trump, leur fébrilité autour du deuxième amendement ne rassure pas. La population ne trouve quasi aucun écho dans la sphère politique alors que les tueries s’enchainent.

Pourtant les chiffres sont tout simplement affolants et personne ne peut les ignorer. Selon le site Gun Violence Archive, qui recense les attaques ayant lieu à travers le pays, les armes à feu ont déjà fait plus de 8700 victimes depuis le début de l’année, et 17 500 personnes ont été blessées. 255 tueries de masses ont également déjà été dénombrées. Bref, aux Etats-Unis, sortir de chez soi, aller à un concert, faire ses courses ou son jogging signifient vivre dangereusement.

©Belga

Foutu deuxième amendement

« A well regulated Militia, being necessary to the security of a free State, the right of the people to keep and bear Arms, shall not be infringed ». Soit « une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d’un État libre, le droit qu’a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé. » 28 mots (en anglais) qui ont fait couler autant de sang que d’encre depuis la ratification de la Constitution américaine.

Le débat qui l’entoure n’est pas neuf. Son interprétation était déjà source de conflit lors de sa rédaction. Les Républicains y voient une liberté inaliénable laissée aux Américains de posséder une arme et d’en faire usage dès qu’ils l’estiment nécessaire. Les Démocrates refusent eux l’idée d’un droit illimité et qui doit se référer à la création d’une milice bien organisée. On l’a bien compris, c’est l’interprétation républicaine qui prédomine au quotidien.

L’Australie, le modèle à suivre

L’exemple de l’Australie réapparait régulièrement lorsque revient sur le tapis le débat du contrôle des armes à feu. Quand, en 1996, intervient la tuerie de Port Arthur, le gouvernement australien décide de prendre les choses en main. Martin Bryant vient d’abattre 35 personnes, réalisant le plus important massacre de l’histoire du pays. Il ne faut pas deux semaines aux autorités pour mettre en place une nouvelle loi : la vente d’armes automatiques et semi-automatiques est interdite. Le Premier ministre met en avant le droit de chaque citoyen de se promener en sécurité, dans des rues désarmées. Et en un an, la police rachète plus de 650 000 armes à leurs propriétaires. Ceux qui veulent s’en procurer doivent motiver leur achat et avoir une raison valable.

Les résultats du durcissement de la législation sont impressionnants. En quinze ans, le nombre d’homicides par arme à feu diminue de près de 60%. Et le pays se vante aujourd’hui d’avoir totalement endigué la vague de tueries de masse. Les plus cyniques rappellent qu’il a bien connu des attaques (dont deux cette année, faisant un et quatre morts), mais elles restent exceptionnelles et réalisées avec des armes limitant le nombre de victimes, du style fusil à pompe, ne pouvant tirer qu’un coup à la fois. L’Australie reste donc la preuve irréfutable que le contrôle de la vente d’armes est efficace.

Malheureusement, l’Amérique ne semble pas prête à sérieusement l’envisager et préfère continuer à pleurer ses morts et transformer Twitter en un registre de condoléances.

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