Greta ne pollue pas, au contraire des bateaux de croisière

Malgré les limites imposées pour réduire son impact écologique, le secteur du tourisme maritime traine la pale. Au point qu’un seul bateau de croisière nuise autant à l’environnement... qu’un million de voitures.

belgaimage-153794256

Avant d’effectuer sa tournée américaine, Greta Thunberg s’est vu offrir une place à bord du voilier de course Malizia II pour accomplir son périple zéro-déchets à travers l’Atlantique. Cette nouvelle a suscité des cris d’orfraie de la part des détracteurs de la jeune activiste, lesquels se sont empressés de lui faire remarquer son prétendu double-jeu et les accointances entre les propriétaires du voilier et le constructeur automobile BMW.

Un nouveau coup dans l’eau assurément, parce que Malizia II fonctionne exclusivement à l’énergie renouvelable, générée par des panneaux solaires, et ne présentera pour l’occasion aucun sponsor. Le monocoque sera même doté de capteurs pour mesurer les niveaux de température, de salinité et de CO₂ des océans.

La croisière abuse

S’il va falloir attendre septembre pour disposer des résultats glanés lors de l’expédition, on peut d’ores et déjà anticiper les conclusions, vraisemblablement alarmistes, que les experts en tireront. Beaucoup voient encore le transport maritime comme la panacée quand il est question de réductions des émissions. Effectivement, le transport maritime, responsable de 2 à 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, s’avère bien plus efficace que le transport routier quand on tient en compte les quantités de marchandises transportées. Capable de prendre à son compte 87% du fret mondial, le transport maritime ne produit “que” de 52% des émissions du transport de marchandises.

Si le recours à ces mastodontes des mers peut se justifier dans l’acheminement de marchandises, celui aux bateaux de croisière est autrement plus discutable. Symptomatique de la mégalomanie du secteur du touristique, la croisière est devenue une démonstration d’opulence totalement déraisonnée. En 2017, 26 millions de vacanciers ont ainsi transité sur ces bateaux pour 117 milliards de dollars générés. Les touristes croient d’ailleurs s’y oxygéner, mais c’est tout l’inverse qui se produit.

Saoul océan

En cause, les particules fines présentes dans le fioul lourd, carburant utilisé par ces léviathans modernes. Oceana, modique embarcation longue d’à peine 260 mètres, émet autant de particules fines qu’un million de voitures. Cela revient à dire qu’elle est non seulement néfaste pour l’environnement, mais également pour la santé de ses hôtes. Sur son pont, on peut même retrouver jusqu’à six fois plus de particules fines qu’en plein-centre de Londres.

Le fioul lourd présente également l’inconvénient de dégager des quantités conséquentes de soufre, imprégnant gravement dans un premier temps les régions côtières, et ensuite l’arrière-pays. Selon James Corbett, professeur en sciences maritimes à l’université de Delaware, cette pollution serait la cause de 14 millions de cas d’asthme infantile et de 400.000 décès prématurés par an.

De nouvelles normes visant à limiter la combustion de fioul du tourisme maritime seront en vigueur à partir de 2020, mais si l’on en croit le quotidien londonien Financial Times, les compagnies touristiques ne seraient guère enchantées de devoir se mettre au diapason. Pour leur plus grand déplaisir, le fioul pourrait voir son étoile pâlir en raison de la hausse imposée de son prix, jusqu’alors très avantageux.

Mille milliards de mille sabords

Les nouvelles normes environnementales font l’objet de critiques quant à leur faisabilité. Par exemple, des épurateurs de gaz existent déjà, mais les contrôles pour s’assurer de leur bon fonctionnement sont difficiles à mettre en œuvre, étant donné que tous les ports ne pourront décemment se doter des équipements ad hoc. Aussi, on n’en sait trop peu sur leur longévité.

Autre problème : l’harmonisation des réglementations nationales. C’est un problème récurrent dans le commerce mondialisé, tous les pays ne sont pas assujettis aux mêmes astreintes. Cela signifie donc que certaines compagnies seront tentées de transiter un maximum par les pays dotés de normes plus avenantes, passant entre les mailles du filet des instances régulatrices.

La société d’analyse S & P Global Platts a estimé le coût de ces normes, applicables aussi au secteur du fret, à 1000 milliards de dollars à l’échelle mondiale. De leur côté, les associations de protection de l’environnement que le débours occasionné par la pollution maritime y est supérieur. Economie/ écologie, le dilemme de notre époque.

Sur le même sujet
Plus d'actualité