El Paso: Pourquoi le terrorisme blanc est un tabou?

Ce week-end, deux attaques meurtrières ont frappé les États-Unis. Dans les deux cas, les auteurs étaient des hommes blancs. Trump refuse de parler de "terrorisme", comme c'est souvent le cas en Occident.

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Les deux attaques ont fait 29 morts, l’une à El Paso, l’autre dans l’Ohio. Les auteurs? Deux hommes blancs aux motivations assez claires, au moins pour l’assaillant du drame d’El Paso. Il a publié sur le site web extrémiste 8chan un manifeste suprémaciste de quatre pages. Comme c’est souvent le cas avec ce genre d’attaques, les leaders politiques et les médias ont dû mal à parler de terrorisme. Si Donald Trump a bien évidemment qualifié ces fusillades de « actes de lâcheté », il a veillé à ne pas utiliser le mot. Ce qui lui a valu les foudres des démocrates, mais aussi de certains Républicains. George P. Bush, le neveu de l’ancien président, a notamment tweeté: « La lutte contre le terrorisme est déjà une priorité, je pense qu’elle devrait inclure de s’opposer avec fermeté au terrorisme blanc. »

Le choix du vocabulaire n’est pas anodin. Dans l’imaginaire aujourd’hui, le terrorisme est associé à l’islamisme. Or selon le centre d’analyse New America, aux États-Unis entre 2010 et 2017, 92 actes de terrorisme sur les 263 orchestrées étaient le fait de fous d’extrême droite. Seulement 38 ont été menées par des djihadistes… Il ne s’agit évidemment pas de minimiser cette dernière qui, à l’échelle mondiale, demeure la menace la plus meurtrière (146.000 victimes depuis 2001 dans le monde, surtout en Afrique et au Moyen Orient, selon le Global Terrorism Database). À cause d’une recrudescence de recrutements du Califat islamique, un rapport du Conseil de sécurité des Nations Unies met d’ailleurs en garde contre une nouvelle vague d’attaques.

L’auteur doit revendiquer son idéologie

On peut expliquer cette précaution dans le choix des mots par plusieurs raisons. D’abord, « la frontière entre le crime de haine et un attentat terroriste est poreuse. Le crime de haine est motivé par la haine. Un attentat est en partie motivé par la haine, mais il y a en plus une volonté de susciter une terreur et de défendre une idéologie, quelle soit islamiste, suprémaciste, pour la cause animale… », commence l’expert en terrorisme de l’ULiège Michaël Dantinne. Ensuite, « il y a le fait que l’auteur de l’atrocité partage un nombre important de points communs avec la majorité du groupe. Le déséquilibré de El Paso, par exemple, est un « bon Américain », j’insiste sur les guillemets. C’est plus facile de qualifier de terroriste un Musulman, par exemple, car on l’identifie comme appartenant au groupe des Musulmans qui n’est pas le nôtre. » Le spécialiste évoque également une dimension politique. « Trump comme beaucoup de leaders populistes y compris en Europe surfent sur une certaine forme de nationalisme et de protectionnisme. Il condamne donc évidemment les actes de haine, mais est prudent dans les termes, car une partie de son électorat se trouve dans les mouvements d’extrême droite. »  

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Les médias en parlent moins

Le terrorisme blanc n’en est pas moins important. Or si les États occidentaux luttent à coups de milliards contre la menace djihadiste, ils taisent davantage les attaques venues de l’extrême droite (ou de l’extrême gauche). Dans ce cas, on parle plus facilement de la déviance d’un « loup solitaire » ou d’une « tuerie de masse ». Lorsqu’on en parle… D’après une étude commune des universités de l’État de Géorgie et de l’Alabama, les attaques perpétrées par des Musulmans obtiennent… 357 % de couverture médiatique en plus que celles menées par d’autres auteurs. Une attaque islamiste obtient en moyenne 105 titres dans les médias. Une qui n’est pas liée à la religion islamique, seulement 15. Or ces dernières sont de plus en plus fréquentes… Selon le Centre sur l’extrémisme de l’Anti-Defamation League, le nombre d’incidents terroristes liés à l’extrême droite est en continuelle augmentation depuis 2017 (deux fois plus de victimes qu’en 2016), soit l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche.

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