Les embryons humains-animaux développés au Japon mettent la communauté scientifique mal à l’aise

Un chercheur japonais veut développer des organes humains via des embryons d'animaux. Il s'apprête donc à créer des êtres hybrides et à fracasser les barrières éthiques qui entourent la recherche.

©Belga

Nouveau débat en vue à la cafétéria des laboratoires de recherche. Le gouvernement japonais vient d’accepter le financement d’une expérience très controversée, à base de croisement humain et animal. Le docteur Hiromitsu Nakauchi, spécialiste des cellules souches à l’université de Tokyo, veut en effet implanter des cellules humaines dans des embryons de souris. Le but avoué est d’un jour pouvoir transplanter un organe provenant d’un animal dans un corps humain. Il entend à terme pouvoir répondre à la pénurie mondiale de don d’organes. On en est encore très loin, mais le croisement chimérique de cellules humaines et animales, pratique jusqu’ici interdite, constitue un important premier pas.

En mars, les autorités japonaises acceptaient déjà la création d’embryons hybrides, à condition qu’ils soient détruits après quatorze jours d’expérimentation, considérant qu’il existait ensuite un risque de confusion des espèces. Cinq mois plus tard, elles ont décidé de faire confiance au docteur Nakauchi et de faire tomber cette barrière éthique. Soutenu par le ministère de la Santé, il espère pouvoir relativement rapidement implanter ces cellules humaines dans des cochons.

Conscient des dérives possibles

Concrètement, l’embryon animal serait modifié à la base pour l’empêcher de développer un certain type d’organe. On lui implanterait dès lors des cellules humaines reprogrammées pour qu’elles colonisent cet embryon et fabriquent l’organe absent. Le Dr Nakauchi est un pionnier de cette technique et a déjà transplanté le pancréas d’un rat dans une souris diabétique. Avec succès. « Je ne suis pas fondamentalement contre, signale Clément Frankinet, analytical development specialist dans une boite de thérapie cellulaire. De nombreuses avancées scientifiques se sont faites comme cela. Mais… »

Le procédé pose évidemment de nombreuses questions éthiques et juridiques qui mettent mal à l’aise une communauté scientifique européenne tiraillée entre la liberté de la recherche et le risque de création d’êtres hybrides. Au travers de différentes réactions, elle se dit en tout cas très attentive à éviter les dérives telles que le développement de cellules d’un cerveau humain dans la tête d’un animal ou son humanisation physique. Le bien-être animal est entré dans le débat chez nous et il est hors de question d’imaginer l’émergence d’une conscience humaine dans un rat ou un cochon ou de voir les caractéristiques physiques humaines apparaitre sur un animal. On est donc, théoriquement, encore loin de voir débarquer les troublants chats de Cats dans la vraie vie.

Faciliter les greffes

Les chercheurs européens ne cachent cependant pas qu’une réponse à la pénurie de dons d’organe est urgente. Et que les travaux du Docteur Nakauchi pourraient constituer une réelle solution et faciliter les greffes. Un jour. « Pour répondre à la pénurie de don, il faudrait user de cette technique à l’échelle industrielle, et il faudrait que cela marche à chaque fois. On n’y est pas. »

Reste à savoir si ces expériences s’apprêtent à investir nos labos. « J’ai du mal à imaginer que nous fassions cela chez nous sans provoquer un scandale. » Pour Clément Frankinet, la recherche devrait d’ailleurs se concentrer sur d’autres pistes. « Il y a tellement d’autres options à explorer avec les cellules souches…La recherche autour des cellules souches parvient à créer des organes à partir de rien. Du coup, on résout tous les problèmes éthiques. C’est également étonnant comme nouvelle alors que les labos essaient de diminuer les expériences sur les animaux. Quand on voudra faire pousser un poumon, quel animal faudra-t-il ? Mais c’est le propre des scientifiques de vouloir aller le plus vite possible, quitte à passer à travers tout. »

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