L’application de Trump pour s’introduire dans le dossier des migrants et les traquer

Donald Trump a parfaitement compris les inquiétudes de ses électeurs. En tapant sur le dos des migrants, il se met dans la poche une frange intéressante de l’électorat.

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Il l’a dit lui-même, Donald Trump n’est pas raciste. Il n’aime juste pas que des étrangers foulent son territoire. Après tout, les Etats-Unis ont toujours été un pays dénué de quelconque nuance raciale… Pour éviter les encombrements occasionnés par ces migrants qui osent venir travailler chez lui pour des salaires bradés, Trump, chantre de l’Amérique profonde, s’est doté d’un outil de déportation très en phase avec la technologie moderne.

Avec la société de programmation Palantir – du nom d’une pierre de vision qui, dans “Le Seigneur des Anneaux”, est utilisée par Saroumane le Blanc pour observer des lieux distants et a fortiori espionner ses ennemis – Donald l’Orange peut désormais expulser ces illégaux qui gangrènent son pays ad libitum. En croisant diverses bases de données des services de police, l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) peut, grâce à Palantir, se servir allègrement dans les dossiers des migrants.

L’homme derrière ce programme est Peter Thiel, entrepreneur milliardaire d’origine allemande qui a notamment fait fortune en co-fondant avec Elon Musk l’entreprise PayPal. Thiel a co-écrit un essai dépeignant le multiculturalisme aux Etats-Unis comme étant un mythe et fait depuis lors partie des huiles de la Maison Blanche auxquelles Trump prête une oreille attentive.

Haro sur les migrants

L’administration trumpienne a donc dans les mains des informations relatives à l’historique de migration, au cadre familial et aux précédents franchissements de frontières du réfugié. Il lui suffit d’une simple recherche sur l’application Falcon Mobile pour fondre sur sa proie et la dépouiller de ses maigres droits, souvent manu militari.

D’octobre 2017 à la fin de l’année 2018, 1525 arrestations de migrants ont ainsi été effectuées, en grande partie sur leur lieu de travail, contre 172 en 2016. En janvier 2018, l’ICE a débarqué dans une centaine de magasins 7-Eleven répartis sur 17 états, et en avril de la même année, dans une entreprise d’emballage de viande. Bilan des opérations ; 54 migrants qui ne possédaient pas de green card, nécessaire pour séjourner aux Etats-Unis, ont été arrêtés. La majorité de ces arrestations concernaient les travailleurs, les employeurs n’étant pas inquiétés par ces opérations d’élagage. Difficile de ne pas considérer qu’il pourrait s’agir d’un instrument politique à même de mettre à mal la réputation de certaines entreprises bien précises.

Palantir ne veut pas en rester là et souhaiterait donc étendre son champ de compétences, en témoigne le brevet déposé par l’entreprise pour développer un système de reconnaissance faciale à partir d’images mobiles. Une pratique qui qui colle bien avec le nom de l’entreprise dont on rappelle la nature intrinsèquement maléfique dans la mythologie tolkienienne.

Une position en trump-l’oeil

Un autre indicateur révélateur des penchants thématiques de Trump tient en l’argent placé dans sa campagne électorale digitale. En plus de l’économie, l’immigration fait figure de préoccupation principale avec 835.000 dollars investis sur Facebook, soit plus que tous les autres candidats réunis – tous démocrates étant donné l’absence de primaires du côté républicain. Si les publicités des démocrates ont un message positif quant à l’immigration, celles de Trump sont très négativement connotées, appuyant sur le manque de sécurité qu’elle induirait.

Sa stratégie est claire : plaire à l’électorat blanc d’un certain âge, sensible au sujet… mais aussi paradoxalement à la frange de population hispanique. A rebours de ses publicités à l’adresse des rednecks, les publicités ciblant les latinos se font plus guillerettes. Alors que les démocrates peinent à l’atteindre, le discours de Trump fait mouche auprès de la communauté hispanique, la deuxième en nombre. Conséquence : la tranche d’âge des plus de 64 ans représente 44% des investissements consentis par l’équipe de Trump sur Facebook, contre 4% pour les moins de 35 ans.

Très longtemps dans le camp des démocrates, Trump s’est depuis constitué une image d’homme intraitable en termes d’immigration, dans un premier temps sans doute à des fins électoralistes. On ne sait maintenant plus trop où se situent ses limites, ainsi que celles de ses courtisans constituant son administration. Essayer de s’attaquer à l’édifice Trump revient à se heurter à un mur, celui qu’il cherche à construire.

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