Le beau monde de Vincent Peiffer: Notre-Dame de Gucci

Parce que Notre-Dame le vaut bien, les milliardaires avaient fait de beaux gestes. Avaient…

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À la mi-avril, alors que Notre-Dame de Paris fume encore, Stéphane Bern pleure d’émotion face à ce bel altruisme et ces cœurs sur la main: c’est le Téléthon des milliardaires. Famille Pinault: 100 millions! Bernard Arnault et LVMH: 200 millions! Les Bettencourt de L’Oréal: 200 millions itou! D’accord, ces promesses de dons sont des cacahuètes pour ces poids lourds mondiaux du luxe à la française, étant donné les milliards d’évasion fiscale qu’ils bidouillent chaque année. Mais quand même, ils ont donné l’exemple! D’autres promesses d’entreprises ou de bienfaiteurs pleuvent sur Notre-Dame pour chatouiller le milliard d’euros!

Des grincheux avisés relèvent malgré tout que ce cinéma est un peu beaucoup indécent. Notamment parce que ces experts de la fraude “légale” décident eux-mêmes quand et pour quoi ils paient des impôts. Pire: selon la loi française, ces donations “culturelles” leur feront bénéficier de 60 % de réduction fiscale. Donc in fine, leur médiatique générosité sera majoritairement financée par les Français. D’où le proverbe: charité bien ordonnée des méga-riches passe toujours par le petit contribuable.

Pour éteindre l’incendie, la famille Pinault annonce qu’elle renoncera à cet abattement fiscal. Les autres? On ne sait pas. Et il y a un hic. Oh, un petit rien, une bêtise: les over-thunés de France n’ont toujours rien versé. Ou presque. Mi-juin, alors que les petites sommes des petites gens sont arrivées, les gros chèques des milliardaires philanthropes se font attendre, dénonce-t-on. Vite, vite, les Pinault et les Arnault débloquent 10 petits millions d’euros. Et depuis lors? Rien. Pas une pièce rouge. Il est vrai qu’on en est à stabiliser Notre-Dame. À éliminer les saletés toxiques comme les tonnes de plomb du toit de la cathédrale. À déblayer. Le moche, quoi. Le crasseux est financé avec l’argent public. Mais rassurons-nous. Quand on reconstruira du visible et du plus glamour, ils seront là, nos milliardaires, à payer en échange d’un droit de regard (et de veto) sur ce qui se fait et ne se fait pas.

C’est tout juste s’il ne faudra pas rebaptiser la cathédrale “Notre-Dame de Gucci” et la “Nef Louis Vuitton”. Ou la nouvelle “Flèche L’Oréal”

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