Cyclisme : un Tour de France 2019 à donner le tournis

Ces dernières années, le Tour de France se résumait à une passe d’armes laborieuse, autant dans la plaine que dans les hauteurs. Mais cette année, la donne a été tout autre.

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Texte : Olivier Hellin

La 106 me édition du Tour de France devra assurément être marquée d’une pierre blanche. Cinquante ans après les exploits d’Eddy Merckx, salués pour l’occasion par le grand départ depuis Bruxelles, le peloton semble avoir voulu rendre hommage au cyclisme d’antan, avec ses chevauchées fantastiques, ses défaillances fulgurantes et ses courses où le panache prend le pas sur la tactique.

On était en droit de se demander si le Tour de France – parangon du cyclisme scientiste où les efforts des coureurs, mesurés à la puissance et à la seconde près, sont l’objet de comptes d’apothicaire – allait pour la énième fois résulter en un duel stérile entre hommes forts. Il n’en a rien été pour finir.

La maxime bien connue des afficionados du cyclisme « ce sont les coureurs qui font la course » a pour une fois été respectée dans la Grande Boucle. Il fallait parfois se lever tôt pour observer les parties de manivelles quasi quotidiennes des cyclistes désireux de se glisser dans l’échappée matinale. Et, au vu des sept étapes gagnées de la sorte, nombreux ont été ceux à être récompensés de leur esprit d’entreprise.

Des Belges aux belles jambes

Le jeu en aura valu la chandelle pour les Belges avec les victoires de Dylan Teuns au sommet de la ô combien difficile « Planche des Belles Filles » et de Thomas De Gendt à Saint-Etienne après un numéro en solo dont il a le secret. La preuve en est pour Lotto-Soudal qu’il faut savoir jouer pour gagner à la loterie. Wout Van Aert a lui glané une victoire inattendue à Albi au terme d’une étape haletante, coiffant au poteau le gratin du sprint mondial. Trois victoires pour le contingent belge donc, un bilan plus que satisfaisant alors que les deux précédentes éditions s’étaient tout bonnement avérées infructueuses.

Aucun de nos compatriotes n’a en revanche été en mesure de se mêler à la lutte au classement général. Rien d’étonnant à ce niveau, la 21e place de notre premier représentant Xandro Meurisse faisant même figure de bonne surprise. Avec la présence d’une dizaine de prétendants au podium final, la bagarre pour le maillot jaune a été âpre. Un homme a toutefois chamboulé les prédictions en mettant à mal le triumvirat Ineos-Movistar-Jumbo : Julian Alaphilippe.

Timbale et fin de bal

D’Artagnan – son sobriquet auprès des suiveurs – a frappé de taille et d’estoc pour conserver sa tunique jaune, arborée durant quatorze jours. A tel point qu’il a fait douter les favoris sur ses aptitudes en haute montagne, le mousquetaire se payant le luxe de finir deuxième au sommet du Tourmalet. S’il a finalement craqué dans les Alpes, Alaphilippe pourra tout de même se targuer d’une exceptionnelle cinquième place finale, au-delà de toute espérance.

Avec la perspective de remporter la Grande Boucle après 34 ans de disette, le public français ne se sentait pas de joie. D’autant qu’en deuxième rideau se trouvait un certain Thibaut Pinot, vainqueur moral des étapes pyrénéennes. Le couteau entre les dents en raison d’un débours de temps concédé lors d’une bordure, le Franc-Comtois avait à cœur de s’exprimer sur un parcours taillé pour lui. Bercée par la douce illusion de voir cet éternel malchanceux décrocher la timbale, la France a finalement assisté à un pénible coup du sort. Devant un Pinot perclus de douleur et affligé de chagrin, c’est tout un pays qui a été confronté à la dure loi des aléas du cyclisme. Le chouchou du public a été taillé dans une étoffe trop fragile, le confinant à un rôle de loser magnifique. Suffisant pour gagner les cœurs, mais pas le Tour.

Sky is not the limit

Le moral en berne du public français semblait se répercuter dans les conditions apocalyptiques une fois les Alpes en vue. Même si l’équipe britannique Sky a troqué son sponsor pour Ineos, elle semblait encore avoir la maitrise des éléments météorologiques. Bousculée dans sa domination outrancière par Jumbo-Visma et Movistar, « l’Empire »», comme le surnomment ses détracteurs, a frappé au moment idoine. Ineos n’a pas son pareil pour faire coïncider les pics de forme de ses coureurs avec les pics des cols les plus stratégiques. Il aura suffi au prodige Egan Bernal d’attaquer dans la mythique ascension du Galibier pour mettre tout le monde d’accord. Une victoire qui en préfigure d’autres – le Colombien n’a que 22 ans – mais qui laisse un goût de trop à cause de l’escamotage des étapes alpestres. Censées être le point d’orgue d’un Tour passionnant, les montagnes des Alpes auront accouché d’une souris.

Il n’en reste pas moins que ce Tour vertigineux a renoué avec une certaine idée du cyclisme romantique, par la grâce duquel les différents échelons de course se poussent les uns les autres plutôt qu’ils ne s’empiètent. Gare à ceux pris de tournis, l’étourdissement ne se dissipent pas en un tournemain.

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