Racisme: quand les médias dérapent (encore)

Moqueries envers la communauté asiatique dans Un dîner presque parfait (W9), racisme insidieux dans un dessin-animé pour enfants et fétichisme racial sur les sites pour adultes... En télévision et sur internet, la médiasphère française a suscité l'indignation ces derniers jours.

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Mardi dernier, dans l’émission Un dîner presque parfait diffusée sur W9 (groupe M6), une hôte accueille ses convives sur le thème de la « zénitude », avec un décor aux accents asiatiques et notamment des chapeaux pointus (protections contre le soleil utilisées en Asie par les travailleurs de la terre) posés sur la table. Pour passer le temps, alors que l’hôte prépare son entrée en cuisine, les convives commencent à s’occuper avec la décoration. Une des invitées met un des chapeaux sur sa tête, se tire les yeux pour les avoir bridés et tente d’imiter les sonorités d’une langue asiatique. Elle est rapidement suivie par d’autres participants qui trouvent visiblement cela comique… Très drôle en effet d’être racistes. La scène est – à raison – rapidement épinglée par de nombreux internautes choqués qu’une telle séquence puisse être diffusée, qui plus est en prime dans une émission populaire.

Comment les producteurs ont-ils pu penser qu’une séquence pareille puisse encore passer inaperçue en 2019 ? La chaîne a présenté ses excuses « à toutes les personnes qui ont pu être gênées ou choquées par l’émission« . La direction a précisé qu’elle prendrait les mesures nécessaires pour que cette « séquence ne [soit] plus jamais diffusée« . Jusqu’à une nouvelle séquence raciste ? W9 avait en effet déjà été critiquée pour les mêmes raisons après la diffusion d’un sketch de Kev Adams et Gad Elmaleh se moquant des Asiatiques. Elle n’a visiblement pas retenu la leçon.

Noir, couleur du mal 

À propos de leçon, la chaîne YouTube « French Fairy Tales » (470 000 abonnés) pourrait se voir infliger une sévère punition (qui pourrait même mener à sa suppression). Mis en ligne le 18 juillet dernier, son dernier dessin-animé intitulé Dina et le Prince a enflammé la Toile à cause de son caractère à la fois sexiste et raciste. Jugez plutôt : « Ce matin-là, lorsque le prince alla voir Dina, elle était assise de façon à lui cacher son visage. Il l’appela. Dina se retourna et n’était plus aussi belle qu’avant. Elle ne rayonnait plus et son visage était marqué« , raconte le narrateur. Dina, jeune fille brune, à la peau pâle et aux yeux bleus a en effet reçu un sort… qui l’a rendu Noire !

La vidéo a été supprimée de la plate-forme le 23 juillet. Mais pas sa version anglophone. Dans celle-ci, la jeune fille ne devient pas Noire mais son apparence change, ses oreilles deviennent grandes et pointues, et elle a un œil disproportionné par rapport à son visage. Le racisme est « gommé » mais le dessin animé reste problématique en faisant non seulement passer le message que la pire punition pour une femme est de ne pas être belle, mais en plus il attaque directement toutes les personnes ayant un défaut physique ou un handicap… Tout ça alimentant l’inconscient des enfants qui regardent ces vidéos et participant à leur inculquer la banalisation du racisme et du sexisme.

Racisme pornographique

Sexisme et racisme. Les deux notions fusionnées et exacerbées trônent au sommet des recherches effectuées sur les sites pornographiques. Le 14 juillet, à l’occasion de la fête nationale française, la très populaire plate-forme xHamster dévoilait son « top 10 » des termes les plus entrés dans sa barre de recherche. En n°1, devant les charmants « pute », « salope » ou encore « viol », on retrouve le mot « beurette », pendant féminin de « beur » (diminutif de « rebeu », lui-même verlan de « arabe »). Sa première place traduit une fétichisation des femmes maghrébines (« arabe » se retrouve également en bonne place du « top 10 ») et pose un réel problème : le terme « beurette » est profondément raciste. Un racisme dénoncé sur Twitter sous le hashtag #PasVosBeurettes.

Dans un long article publié sur le site internet de TV5monde, la journalisme Nioucha Zakavati retrace la généalogie de ce mot dont l’histoire s’inscrit dans un contexte colonial et orientaliste mais qui n’apparaît vraiment que dans les années 80 dans le sillage de la Marche pour la liberté et contre le racisme en France, rebaptisée « Marche des Beurs » par les médias français. Selon Nacira Guénif-Souilamas, sociologue et anthropologue interrogée dans l’article, derrière la figure de la femme arabe – « beurette » – se trouve un récit social, construit par la classe politique dominante. Oppressée par les hommes arabes, elle doit porter l’ensemble des valeurs de la société française pour s’intégrer, et ainsi s’émanciper. En se libérant du joug familial et culturel, elle s’occidentalise. Et l’hyper-sexualisation de cet imaginaire n’est pas bien loin. 

Ces trois exemples distants de quelques jours seulement témoignent d’une vision supérieure et dominatrice de l’Homme (et surtout des hommes) Blanc dans la société française. Mais nous aurions tort de juger nos voisins depuis notre « petite » Belgique. Notre Plat Pays qui éprouve encore toutes les peines du monde à affronter son propre passé colonial est loin de faire figure d’exemple dans la lutte contre le racisme.

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