Une scientifique américaine perd son job après avoir refusé de cacher des informations sur la crise climatique

Après huit ans de bons et loyaux services au sein du National Park Service, la climatologue Maria Caffrey est progressivement mise à la porte après avoir refusé catégoriquement de modifier l’un de ses rapports scientifiques.

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« En février 2019, j’ai perdu mon emploi parce que j’étais une climatologue dans une administration qui nie le climat. Et pourtant, mon histoire est loin d’être unique », raconte Maria Caffrey dans les pages du Guardian. Cette climatologue américaine travaillait depuis 2011 pour le National Park Service (NPS), une agence dépendant du gouvernement américain et chargée de gérer les parcs nationaux et autres propriétés historiques et zones protégées du domaine fédéral. Elle se retrouve en charge d’un projet dont l’objectif est de fournir des estimations sur le futur niveau de la mer et les prochaines ondes de tempête pour 118 parcs côtiers selon différents scénarios d’émissions de gaz à effet de serre. « Ce type d’information est crucial pour que le NPS protège adéquatement les parcs côtiers contre les effets futurs de la crise climatique », explique-t-elle au quotidien britannique. La première ébauche de ce travail est rendue durant l’été 2016 et, après un examen scientifique rigoureux, le rapport est prêt à être publié en début d’année 2017. Or, en janvier de cette année, Donald Trump fait son entrée à la Maison Blanche. « Une fois la nouvelle administration au pouvoir, la publication a été retardée à plusieurs reprises, avec des explications de plus en plus vagues de la part de mes supérieurs. J’ai attendu pendant des mois. J’attendais toujours lorsque je suis partie en congé de maternité presque un an plus tard, en décembre 2017 », témoigne-t-elle aujourd’hui.

Censurée

En plein congé de maternité, la scientifique reçoit un mail d’un collègue qui l’avertit que la direction est en train d’ordonner plusieurs changements dans son rapport… à son insu. « Ils avaient effacé toute mention des causes humaines de la crise climatique. Il ne s’agissait pas d’un ajustement rédactionnel normal. C’était un déni de la science climatique ». Le Dr. Caffrey entre alors en conflit avec ses chefs. Elle raconte que la direction aurait essayé « à plusieurs reprises et souvent de manière agressive » de l’obliger à supprimer du rapport toutes références aux causes humaines du changement climatique. « Ils ont menacé de faire les suppressions sans mon approbation, de publier le rapport sans me nommer comme auteur principal, ou de ne pas le publier en entier. Chaque option aurait été dévastatrice pour ma carrière et mon intégrité scientifique. J’ai tenu bon », écrit-elle.

Le « combat » dure plusieurs mois et se finit sur une victoire: les diverses demandes des médias et des institutions publiques en attente de son rapport donnent lieu à des lettres de la part de membres du Congrès à destination du NPS, obligé de publier son rapport tel qu’elle l’avait rédigé.

Rétrogradée

Mais la bataille est loin d’être finie… Maria Caffrey est ensuite obligée d’accepter des réductions de son salaire et des rétrogradations jusqu’à ce que l’agence gouvernementale décide d’annuler le financement de ses projets en cours. « Tout le monde savait pourtant que la direction disposait à l’époque d’un excédent de financement suffisant… »

Ses supérieurs directs souhaitent qu’elle reste et lui suggèrent de postuler comme bénévole pour pouvoir continuer son travail. Sa demande de bénévolat est refusée « sans explication ». « S’il restait encore le moindre doute quant à savoir si mon licenciement était lié à des contraintes budgétaires légitimes ou à une punition pour ne pas avoir modifié mon rapport en fonction de l’ordre du jour de l’administration Trump, cela répondait à cette question », accuse-t-elle.

Témoigner au Congrès

Loin de se laisser clouer le bec, Maria Caffrey a déposé une plainte le 22 juillet contre l’administration Trump et s’adresse aujourd’hui au Congrès pour raconter son histoire et rappeler « la nécessité de renforcer la protection de l’intégrité scientifique ».

« En fin de compte, ce sont les contribuables qui paieront le véritable prix de notre apathie à l’égard de ces violations. Il sera de plus en plus coûteux de modifier notre infrastructure pour tenir compte des marées montantes. Lorsque ces choses se produiront, n’oubliez pas qu’il y avait probablement plusieurs scientifiques comme moi qui ont mis en garde contre ces dangers, mais qui ont été réduits au silence. L’administration actuelle ne durera peut-être que quelques années, mais ses actions pourraient avoir un impact sur notre planète pendant des siècles », conclut-elle.

L’hostilité de l’administration Trump envers la climatologie n’est pas nouvelle. En juin dernier, on apprenait par exemple que la Maison-Blanche avait empêché une agence du département d’État d’avertir sur le changement climatique. Le témoignage écrit par le scientifique Rod Schoonover expliquait que « les changements climatiques résultant de l’activité humaine pourraient être catastrophiques ». Une censure malheureusement peu étonnante dans un pays dirigé par un président ouvertement climato-sceptique. 

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