La canicule tue les arbres à petit feu

Le réchauffement climatique dégrade la santé de la flore. Enracinés, les arbres ne peuvent pas migrer assez vite pour sauver leur peau. Ils font pourtant partie de la solution, car ils rafraîchissent nos villes et campagnes.

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Nos arbres manquent d’eau. Les forestiers belges s’en inquiètent, car leur vie est menacée. Déjà, leurs feuilles sont décolorées ou tombent, certaines branches mortes aussi. La faute à la canicule et à la sécheresse qui se répètent plusieurs fois par an depuis 2016. Cet été, c’est déjà la seconde. En Wallonie, la situation est particulièrement interpellante. Les réserves naturelles ne représentent plus qu’un seul pourcent du territoire. La menace climatique et l’urbanisation de la région du sud ne présagent rien de bon pour les prochaines années.

Les inquiétudes pour la flore sont partagées partout sur la planète. En France dans les Vosges, les sapins ont complètement viré au rouge. 10 % sont morts. Au Portugal, les feux de forêt s’enchaînent depuis des années. Le dernier date d’hier… En Suisse, le Jura est déclaré en « catastrophe forestière ». « S’il fait trop chaud, si la sécheresse est trop sérieuse, les arbres évaporent davantage et ont besoin de plus d’eau. Sauf qu’il ne pleut pas assez, commente la spécialiste en écologie végétale et professeure à la faculté des bio-ingénieurs de l’UClouvain Anne-Laure Jacquemart. Si la demande d’eau est trop forte, des bulles d’air se créent dans les canaux et coupent la circulation. C’est alors la mort de l’arbre. » Les plantes plus fragiles et les arbres nouvellement plantés sont particulièrement vulnérables et peuvent mourir en l’espace d’un seul été.

PHOTONEWS

Les arbres migrent

Contrairement aux animaux dont les migrations pour raisons climatiques se multiplient, la flore ne peut pas se déplacer si facilement. Lorsque les conditions ne sont plus adaptées, les jeunes plants poussent simplement en léger décalage ou grâce à la propagation du pollen. Selon une étude de l’Université de York, les espèces déplaceraient leur habitat à une vitesse moyenne de 12,2 mètres par décennie, ce qui ne suffit pas pour fuir le réchauffement climatique. Les arbres centenaires sont logiquement les plus lents.

Tout cela n’est pas sans conséquence. Dans son labo, Anne-Laure Jacquemart a mené une expérience. Elle a fait évoluer certaines plantes sous 21 degrés et d’autres sous 27 degrés. « Ces dernières étaient en moins bonnes formes visuelles. De plus, leur pollen et leur nectar étaient de moins bonne qualité. Cela crée des problèmes de reproduction de plantes. Ça impacte par ailleurs d’autres espèces vivantes, notamment les abeilles et les bourdons qui butinent. Des colonies entières pourraient disparaître. »

Replanter pour avoir moins chaud

Ces prochaines années, selon toutes les études sérieuses, la situation climatique belge et mondiale n’ira pas en s’améliorant. La fréquence des canicules augmentera et les pluies seront plus rares. Pour la planète et la biodiversité, ça va devenir insupportable. Pour nous aussi, d’ailleurs. L’association environnementale flamande BOS+ propose de planter six millions d’arbres dans les villes et villages pour rafraîchir l’atmosphère et créer un plus grand nombre d’espaces d’ombre. Et s’il fait moins chaud, les arbres ont besoin de moins d’eau et leurs feuilles ne crament plus…

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