Peut-on avoir du poids dans le monde des « grands » en étant une ado?

"Prophétesse en culotte courte", "marionnette" à qui il faudrait "donner une bonne fessée"... Greta Thunberg est régulièrement la cible d'injures sur son jeune âge. Ce n'est pourtant pas la première ado à "faire peur" aux adultes.

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Il fait chaud, chez nous comme partout. Météo France a annoncé en début de semaine que le record absolu de température à Paris – établi à 40,4°C et datant de 1947 – sera dépassé jeudi 25 juillet. La canicule de juin avait déjà battu le record historique de température en France métropolitaine avec 46°C relevés à Vérargues, un village près de Montpellier. Année après année, ces épisodes de chaleur extrême se répètent, manifestation tangible du réchauffement climatique qui frappe aux portes de l’Europe.

Hier pourtant, des députés conservateur et/ou d’extrême-droite de l’Assemblée nationale française n’ont rien trouvé de mieux que de boycotter le speech de Greta Thunberg, qualifiée de « prophétesse en culotte courte » ou encore « gourou de l’Apocalypse« . Certain·e·s comme Emmanuelle Ménard (RN) – compagne de l’ancien secrétaire général de Reporters Sans Frontières Robert Ménard recyclé par le parti de Marine Le Pen -, suggérant même qu’elle mériterait une correction d’un autre âge…

La jeune Suédoise était simplement invitée à prononcer un discours concis de 30 minutes sur la nécessité d’une action politique rapide et forte pour contrer les effets du dérèglement climatique. « Certains ont choisi de ne pas venir aujourd’hui, certains ont choisi de ne pas nous écouter. Ce n’est pas grave. Après tout, nous ne sommes que des enfants, vous n’avez pas le devoir de nous écouter. Par contre, vous avez le devoir d’écouter les scientifiques, et c’est tout ce que nous vous demandons”, a-t-elle sobrement déclaré. Une intervention qui ne visait en rien à « semer la panique dans l’opinion » comme l’avaient suggéré ses détracteurs, et qui a rendu toute la polémique autour de sa venue complètement surréaliste…

Les absents ont-ils eu peur de se faire sermonner par une « gamine » ? Depuis le début de son action, Greta Thunberg n’a pas inventé la théorie du dérèglement climatique de toute pièce dans la cour de récré. Elle ne fait que s’appuyer sur les rapports scientifiques et complètement apolitiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). En amorçant le mouvement des grèves scolaires pour le climat, elle est devenue malgré elle le symbole de la conscientisation climatique, que des élus qualifient de « lobby écologiste » et dont elle serait la « marionnette ».

Son âge (16 ans) joue probablement contre la militante, qui bénéficie pourtant de l’appui inconsidéré de la communauté scientifique. Le très respecté astrophysicien Aurélien Barrau, chercheur au CNRS et membre honoraire de l’Institut Universitaire de France, lui a d’ailleurs apporté son soutien après l’épisode de l’Assemblé nationale, déplorant une attitude « scandaleuse et indigne » des députés français. « Je crois réellement que ceux qui nous dirigent n’ont absolument pas compris l’ampleur du problème. Ils sont totalement à côté de la plaque« , s’est indigné l’expert. « Ce n’est pas Greta Thunberg [qui parle], c’est l’évidence scientifique. Il ne faut absolument pas donner crédit à ces forces ultra-réactionnaires qui essaient de laisser penser qu’il y a débat.« 

Jeunesse modèle

Greta Thunberg est peut-être la première jeune de l’Histoire à être à ce point placée au centre de l’attention médiatique (pour le meilleur et pour le pire) en raison de son engagement pour une cause. Ce n’est pourtant pas la première à être érigée au rang d’icône en dépit de son jeune âge. Avant elle, d’autres enfants et ados ont essayé de changer le monde. En 2014, Malala Yousafzai a reçu le Prix Nobel de la Paix alors qu’elle n’avait que 17 ans pour son engagement pour l’éducation des filles au Pakistan malgré la menace des Talibans. Victime d’une tentative d’assassinat en 2012 qui l’a gravement marquée, elle est devenue la plus jeune lauréate du Nobel de l’Histoire.

Elle aussi rescapée d’une fusillade, celle de Parkland (Floride) survenue dans un lycée le 14 février 2018, Emma Gonzalez est âgé de 18 ans lorsqu’elle entame sa lutte contre le port d’armes aux États-Unis. Elle n’hésite pas à attaquer frontalement les politiciens complices de la NRA, le puissant lobby des armes américains, et est devenu une voix très écoutée outre-Atlantique. Ahed Tamini incarne elle l’insoumission palestinienne depuis qu’elle est enfant et a récemment été emprisonnée pour avoir agressé des soldats israéliens. Âgée de 18 ans aujourd’hui, elle milite contre l’occupation des territoires palestiniens et la politique expansionniste prônée par Benyamin Netanyahou. À 17 ans, Joshua Wong s’est lui érigé comme le leader de la « révolution des parapluies « , des manifestations pacifistes qui ont eu lieu en 2014 à Hong Kong. Il a été arrêté de nombreuses fois par la police et s’est imposé comme une figure de la démocratie dans une Chine toujours très autoritaire.

En remontant un peu plus loin on trouve Severn Cullis-Suzuki qui n’avait que 12 ans lorsqu’elle s’était exprimé au Sommet de la Terre de l’ONU à Rio de Janeiro. C’était en 1992, mais son discours avertissait pourtant déjà d’une urgence très actuelle : « Je parle au nom des enfants qui meurent de faim partout dans le monde, dans un silence total. Je parle au nom des innombrables animaux qui meurent sur notre planète. J’ai peur de sortir au soleil désormais, à couche du trou dans la couche d’ozone. J’ai peur de l’air que je respire, parce que je ne sais pas quels produits chimiques elle contient. » Félicitée par Al Gore pour son speech, la Canadienne prévenait déjà des dangers du réchauffement climatique. Et déjà à l’époque, les responsables politiques ne l’avait pas (suffisamment) écoutée…

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