« Donner de l’argent de poche n’est pas possible pour tout le monde, il faut en avoir les moyens »

La question de la place de l'argent dans la vie reste encore un sujet tabou entre parents et enfants. Elle doit en outre tenir compte d'un contexte financier très différent d'une famille à une autre. En Fédération Wallonie-Bruxelles, par exemple, plus d'un enfant sur quatre vit sous le seuil de pauvreté.

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Manger des fruits et légumes ou partir en excursion scolaire ? C’est le choix auquel sont souvent confrontés (50%) les enfants issus de deux parents au chômage. « Donner de l’argent de poche n’est pas possible pour tous, il faut déjà en avoir les moyens », rappelle Elodie Razy, Directrice du Laboratoire d’Anthropologie Sociale et Culturelle de l’Université de Liège: « Pour les familles vivant dans la précarité ou la pauvreté, la question de l’argent de poche ne se pose même pas car l’urgence est de combler les besoins vitaux ». Pour elle, la question se pose au niveau de l’adulte qui aspire à offrir quelque chose à son enfant, un cadeau pour son anniversaire, une mallette pour la rentrée, mais aussi par exemple des sodas ou des bonbons. « Le parent veut que son enfant soit comme les autres et soit considéré comme un ‘bon parent’ : un parent qui donne le meilleur à son enfant, ce qu’il juge nécessaire dans l’environnement où il vit, marqué par l’importance de certains biens de consommation, mais aussi le « superflu », ce qui lui fera plaisir ».

Une autonomie

En 2017, une autre étude soutenue par la Fondation Roi Baudouin (FRB),indiquait qu’une famille vit sous le seuil de pauvreté si ses revenus sont en dessous de 867 euros par mois. Christelle Trifaux, directrice des Services droit des jeunes à Bruxelles doit quotidiennement faire face à des questions liées à l’argent chez les jeunes: « Chez nous la question la plus fréquente est la suivante: le CPAS peut-il faire quelque chose pour moi?. Nous voyons de plus en plus de jeunes en situation de pauvreté ». Elle étaie cette réalité: « De nombreux enfants ne se posent pas la question. Ils sont sans argent. Ils ont un vécu sans argent et se débrouillent. Ces jeunes cherchent à trouver leur autonomie ».

Difficile à l’école

Pour ces enfants précarisés, l’école devient alors un terrain difficile: ”Parfois les enfants sont sanctionnés à l’école  parce que les parents ne peuvent pas payer la garderie. Certaines écoles refusent qu’ils restent après les cours puisque le paiement des factures ne suit pas”, ajoute Mme Trifaux. Le débat sur l’argent à l’école reste délicat pour Elodie Razy. « Les espaces où l’argent peut circuler à l’école sont très normés. Les enseignants et les écoles restent prudents. Cela se limite souvent à l’achat d’un morceau de gâteau par exemple ou d’activités ponctuelles lors d’événements festifs… »

L’enfant peut-il travailler ?

Certains enfants moins favorisés s’en sortent en aidant leur famille en travaillant. Une situation particulière puisque le travail des enfants est très encadré, comme le rappelle Elodie Razy: « Sur les marchés et dans le secteur de l’agriculture, on tolère que les enfants travaillent, car ils participent ponctuellement à l’économie familiale et se familiarisent avec un métier, généralement sans rémunération. Les liens de parenté peuvent aussi justifier une activité qui reste gratuite, car l’idée que nous avons de la famille est celle d’un lieu de relations désintéressées. Lors des brocantes, où ils vendent leurs propres jouets, des enfants font aussi l’expérience de l’échange marchand de manière plus autonome, même si cela ne leur rapporte pas toujours de l’argent ».

Pour en savoir plus sur ce sujet, lisez notre article « Le tabou de l’argent de poche » dans le dernier numéro de Moustique. Rendez-vous en librairie à partir de ce mercredi ou dès maintenant sur notre édition numérique, sur iPad/iPhone et Android.

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