Comment combler le vide des bâtiments à Bruxelles?

La vacance immobilière est un problème de longue date à Bruxelles. Les causes sont multiples : difficultés financières de certains propriétaires, investissements d’entreprises privées… Heureusement, il existe des structures qui, dans l’ombre, mettent tout en œuvre pour redonner vie à ces enveloppes vides.

belgaimage-139419880-full

En 2014, 3.400 à 5.200 logements étaient à réaffecter selon le site de la Région de Bruxelles-Capitale. Aujourd’hui, l’Agence Immobilière Sociale à Bruxelles (AISB) s’occupe de la gestion locative de plus de 5.500 logements. L’asbl Communa, depuis 2013, signe des contrats d’occupation temporaire avec des propriétaires de bâtiments vides.

Des propriétaires désarmés

Parfois, ce n’est pas une question de bonne volonté. Certains propriétaires, publics ou privés, sont dépassés par les impératifs financiers que nécessite la rénovation de logements insalubres. Alors, les choses ne bougent pas. L’AISB a pour mission d’aider ces propriétaires à accéder, par exemple, à des primes à la rénovation. Parce que rénover a un coût, « si la situation semble désespérée, on essaie de convaincre le propriétaire de vendre parce que le bien peut se dévaloriser » explique Natalie Casteleyn, directrice de l’AISB.

Des rues commerçantes

Promenez-vous dans une rue commerçante à Bruxelles, levez-la tête et observez le vide. Natalie Casteleyn est indignée : « À mes yeux, le plus gros fléau à Bruxelles, ce sont tous les quartiers commerçants (Rue Neuve, Rue Marie-Christine…) avec des permis d’exploiter le rez-de-chaussée en commerce et qui ont fermé les accès aux étages du dessus. Ils ont détruit les portes d’entrée et les ont remplacées par des vitrines. Du coup, il y a des étages de 80m2 qui sont en train de pourrir au-dessus. J’en ai visité quelques-uns et il y a des états catastrophiques ! »

L’AISB ne peut, dans ces cas, qu’inciter l’exploitant du magasin, le propriétaire et la commune de trouver un accord. Il y a peu, ils sont parvenus à convaincre une boutique de timbre située Rue du Midi de rouvrir l’accès aux étages du bâtiments. Après négociations, et avec l’aide appuyée de la commune, les deux parties sont parvenues à se mettre d’accord et à recréer un triplex – logement réparti sur trois étages. « Ça existe, mais à l’échelle de tous les logements vides au-dessus des commerces à Bruxelles, c’est une goutte d’eau dans l’océan » juge Natalie Casteleyn.

belgaimage-136652186

La loi du marché

Il arrive aussi que certains bâtiments aient été construits dans le seul but de faire fructifier la liquidité d’investisseurs. Dimitri Berliner, directeur technique de l’asbl Communa, l’association qui réhabilite temporairement les espaces inutilisés à Bruxelles, illustre  : « Rue de l’industrie, près de la gare du Luxembourg, il y a un très beau quartier avec plein de bureaux. Il y avait là un hôtel particulier de plus de 1000m2 avec un intérêt patrimonial énorme, il a été acheté par une banque italienne et on a laissé ce truc complètement vide ».

Il soupçonne les propriétaires de certains de ces grands immeubles de faire de la spéculation et donc d’acheter des immeubles pour faire baisser l’offre et faire grimper les prix des bâtiments aux alentours. « Ces logiques de marchés nuisent au confort et à la qualité de vie des bruxellois » déplore-t-il.

L’occupation temporaire pour combler le vide

Loin de lui l’idée de faire des cas d’investissements et de spéculation une généralité, Dimitri Berliner est fier de voir que d’autres entreprises privées trouvent des solutions à la vacance immobilière de leurs bâtiments. Quand des propriétaires ne savent que faire de leurs locaux, certains font appel à Communa pour une collaboration, le temps de trouver une solution de rechange.

En se réappropriant des espaces inutilisés, l’asbl met à disposition aux citoyens des environs, des « relais de citoyenneté » où toutes sortes de projets peuvent fleurir. La finalité peut autant être culturelle que sociale : des ateliers de création artistique, des espaces de co-working, des restaurants engagés… Mais donc aussi, à plus petite échelle, des habitats transitoires pour les personnes en situation de précarité. Ils travaillent en ce moment avec des structures spécialisées comme le Samusocial et logent environ 40 personnes.

Le chef des opérations, un brin avant-gardiste, voit dans les espaces vides un outil de planification urbaine fantastique : « Imaginons qu’une commune veuille installer une piscine à un endroit, il faut faire des sondages de quartier et ça coûte très cher. Et si on investissait à moindre frais dans une piscine temporaire ? On pourrait voir comment les gens réagissent, si c’est le bon endroit, comme un test grandeur réel ». Si cette vision de la vacance immobilière peut sembler utopiste, il n’en ressort pas moins que l’idée vaut la peine d’être débattue.

Sur le même sujet
Plus d'actualité