Olympe De G.: « Le porno féministe inclut le fait que la femme doit prendre son pied »

Olympe De G. fait partie des pornographes qui tentent de proposer une alternative à la pornographie de masse qui inonde internet. Plaisir, égalité des sexes, conditions de travail. Rencontre avec la créatrice d'un autre porno.

©Géraldine Aresteanu

Les chiffres liés à l’industrie du porno sont faramineux. Chaque minute, ce sont des dizaines de milliers de personnes qui consultent les tubes, ces sites gratuits et mondialement connus comme Pornhub ou Youporn. Parmi eux, une large majorité d’hommes, mais également des femmes, environ un tiers. Aujourd’hui, la consommation de porno est remise en question. Conditions de travail extrêmes, image dégradante de la femme, l’industrie mainstream est pointée du doigt. #Metoo et #balancetonporc étant passés par là, certains cherchent désormais une autre façon de consommer du plaisir. Plus d’éthique, plus de droits.

C’est notamment le cas de la pornographe Olympe de G., actrice et réalisatrice de podcasts et de courts-métrage X. La jeune femme propose un porno féministe et alternatif. Rien de neuf a priori puisque ce genre est né dans les années 80 du côté des féministes américaines pro-sexe. En France, la réalisatrice Erika Lust a lancé le mouvement du porno féministe il y a une quinzaine d’année avec son site XConfessions. Mais un intérêt certain pour la condition, l’image et le plaisir de la femme ne suffisent pas à changer les habitudes de consommation des hommes (surtout) et des femmes (aussi). D’autant que les pornographies alternatives coûtent de l’argent à ceux qui veulent la regarder et que leur nombre reste encore largement inférieur face aux autres géants d’internet. Le chemin vers un sexe égalitaire et ludique est encore long.

Les conversations autour de l’industrie du X sont de plus en plus courantes, comment peut-on l’expliquer ?

Olympe De G. : « Je ne fais pas ça depuis très longtemps (2016, ndlr) donc je n’ai pas énormément de recul. Je ne sais pas s’il y a un lien avec le mouvement #metoo. Ce qui est sûr, c’est qu’on donne de l’espace aux femmes qui parlent de leur sexualité. Le discours est plus large et ne concerne pas que le porno. Je pense qu’il y a toujours eu un intérêt médiatique un peu voyeur sur l’industrie du X. Sauf que maintenant on s’intéresse aussi à ses alternatives. Les femmes qui se mettent en avant avec le porno féministe permettent d’ouvrir la réflexion sur d’autres questions. La démarche est davantage positive. »

Comment le porno alternatif est-il reçu par l’industrie mainstream ?

O.D.G : « Il y a beaucoup de méconnaissance. Ce sont deux sphères qui ne se côtoient pas. Je pense par exemple à cette vidéo de l’actrice Nikita Bellucci où on lui demande ce qu’elle pense du porno féministe et elle sort une ribambelle de clichés où elle explique que la sexualité d’une femme peut aussi être hard. Oui, personne n’a jamais dit le contraire. Il suffit d’aller deux secondes sur le site d’Erika Lust pour voir qu’il y a de tout.

Les personnes du mainstream ont l’impression que le porno féministe est forcément cul-cul. Ce serait plus sympa de s’y intéresser et de voir que le porno fait par les femmes n’est pas forcément un porno avec plus de sentiments ou de narration. »

©Géraldine Aresteanu

Crédits : Géraldine Aresteanu

Avez-vous beaucoup de retours de la gent masculine sur vos productions ?

O.D.G : « Je pense qu’il y a un vrai besoin masculin. Le porno féministe essaye de faire du bien aux femmes en leur montrant qu’elles peuvent se faire plaisir quel que soit leur corps. Mais il est aussi très libérateur pour les hommes parce que le porno mainstream leur fait aussi du mal en leur collant des pressions de performance ou de taille de sexe. »

Pouvez-vous expliquer votre podcast porno, Voxxx ?

O.D.G : « C’est un podcast qui cherche à encourager les femmes à se toucher plus et mieux. A aimer leur corps et en particulier, leur sexe. On est dans quelque chose d’assez relaxant. C’est un moment de bien-être pendant lequel on a envie que les femmes prennent soin d’elles. On les conçoit comme des invitations à se faire du bien. Il n’y a pas de pression sur le fait d’avoir un orgasme ou autre. »

Comment définir le porno féministe, l’éthique et l’alternatif ?

O.D.G. : « Ce que je fais peut être labellisé avec toutes ces étiquettes mais elles font référence à diverses notions. Le porno féministe met la femme au centre du film que ce soit derrière la caméra ou devant. Le simple fait que ce soit une femme qui le réalise est un acte féministe dans une industrie pornographique très masculine. L’idée aussi est de montrer le plaisir féminin tout en s’adressant tant aux femmes qu’aux hommes. Le scénario inclut le fait que la femme doit prendre son pied.

Le porno éthique est conçu dans la même optique. Ce qu’il se passe derrière et devant la caméra doit être fait dans des conditions décentes. C’est destiné aux personnes pour lesquelles il est important de consommer du porno où les actrices ne sont pas exploitées ou maltraitées. Je trouve que le porno éthique essaye d’ouvrir les yeux des gens sur le fait que toutes les sexualités et tous les corps sont beaux.

Et enfin, le porno alternatif c’est l’étiquette la plus large. On propose une alternative à ce qu’on peut consommer sur les sites gratuits. »

©Emma Birsky

Crédits : Emma Birski

Comment faire pour éveiller les consommateurs à un porno davantage éthique ? Surtout auprès de personnes qui ont l’habitude de regarder du X mainstream depuis plusieurs années.

O.D.G : « Je ne sais pas (rires). Avec mon podcast Voxxx, on a essayé de proposer des capsules sans image sur Pornhub qui est consulté par pas mal de femmes. On a essayé d’aller les chercher mais ça ne fonctionne pas très bien.

Je ne sais pas comment m’adresser particulièrement à ceux qui ne connaissent pas le porno alternatif. Je pense que ça passe, entre autres, par les médias. Dans mon prochain film, je travaille avec un acteur du mainstream. Je veux mélanger les univers pour ne pas rester dans un huit-clos militant. »

Une bonne partie des consommateurs de X est déjà sensibilisée à l’égalité des sexes et en faveur de conditions de travail décentes. Ce n’est pas pour autant qu’ils ont la volonté de se changer leurs habitudes. Ça représente un travail, des efforts,…

O.D.G : « D’autant plus que le porno alternatif est payant ! Finalement, c’est le même genre de prise de conscience que quand on se dit que c’est dommage d’acheter ses fringues dans des magasins de fast fashion et qu’on les jette peu de temps après.

Quand on a envie d’être plus respectueux et de faire attention aux personnes qui vivent autour de nous, il faut accepter de faire des efforts et de changer ses habitudes. Tout n’est pas centré sur la facilité et le plaisir immédiat. Passer au porno alternatif, c’est la même démarche que consommer bio. On ne peut pas se plaindre de vivre dans une société pornifiée où la femme est perçue comme un objet tout en ouvrant le premier site gratuit qui encourage totalement tout ça. »

Pouvez-vous détailler votre premier projet de long-métrage, La dernière fois de Salomé ?

O.D.G : « On a lancé une levée de fonds sur KissKissBankBank il y a un mois et demi et il reste actuellement trois jours et un peu moins de 2000 euros à récolter sur les 20.000 de base. À la rentrée, on lancera un casting pour trouver les personnages. Celui de Salomé ne sera pas facile à dénicher. Il s’agit d’une femme de 73 ans qui cherche la bonne personne avec laquelle passer son dernier rapport sexuel. On va se tourner vers les anciennes stars du porno et en chercher qui seraient prêtes à remettre le couvert. »

Sur le même sujet
Plus d'actualité