Le « désespoir climatique », nouveau mal du siècle ?

Le climat, il y a ceux qui s'en inquiètent, ceux qui s'en moquent et ceux que ça démoralise... au point de plonger dans un état proche de la dépression.

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La fin du mois et la fin du monde – référence au dérèglement climatique -, c’est de cette façon que le préambule de l’accord du nouveau gouvernement de la Région Bruxelloise se conclut : « Justice sociale et environnementale sont indissociables, et cet horizon n’adviendra que si, collectivement, nous y participons. » « Collectivement ». Voilà qui risque bien de poser problème. Car entre ceux qui ignorent l’existence de la crise climatique mondiale, ceux qui n’y n’y croient pas, et ceux qui s’en foutent, il faut désormais ajouter une nouvelle catégorie d’individus qui ne bougeront pas/plus pour changer le cour des choses…

« Si le réchauffement climatique est une force imparable qui exterminera l’humanité, pourquoi continuer à se battre pour sauver la planète? » « Pourquoi continuer à faire des enfants, à travailler? » Ces questions vous ont déjà traversé l’esprit? Vous faites alors peut-être partie des personnes qui souffrent de ce que l’on appelle le « désespoir climatique ». « C’est super douloureux d’être un humain à ce moment de l’histoire« , explique à Vice Renee Lertzman, spécialiste en sciences sociales et en psychologie et auteure de l’ouvrage Environmental Melancholia. « C’est une expérience surréaliste, car nous sommes toujours dans le même système où les gens conduisent, continuent de manger beaucoup de viande et agissent comme si c’était normal. Pour certaines personnes, ce sentiment est incompatible avec la poursuite des activités de la vie quotidienne. » 

Ce désespoir climatique ne se limite pas à la crainte des décisions difficiles qu’il faudrait prendre et de notre capacité à les mettre en place pour sauver la planète. Au lieu de rallier l’humanité autour d’un objectif commun, cet état d’esprit pousse ceux qui en souffrent à abandonner. Le simple fait de lire des articles sur le sujet pourrait produire chez ceux qui en souffrent des réactions proches de la dépression…

« Traduire la colère en actions« 

Le récent rapport de l’ONU sur l’incapacité probable de l’humanité à limiter le réchauffement climatique à 1,5°C d’ici à 2100, et celui concernant le million d’espèces sur le point de disparaître en raison de la dégradation de l’environnement causée par l’homme, illustrent à la fois une prise de conscience et l’idée qu’il est dèjà trop tard. Et si le désespoir engendre l’inaction, c’est évidemment un engrenage vicieux problématique. Au lieu de désespérer il faudrait appréhender cette réalité comme un malaise utile.  « Nous devons traduire notre inquiétude –notre désespoir, notre colère, nos sentiments en actions« , estime Renee Lertzman. Et c’est aux responsables politiques de montrer la voie.

À Bruxelles, le gouvernement Vervoort III veut entamer un virage clair vers une économie circulaire décarbonnée à l’horizon 2030, les véhicules essence et L.P.G. Seront exclus de la Région en 2035 et les nouvelles autorités promettent d’investir d’avantage dans la mobilité douce (vélos, trottinettes) et les transports en commun (plan Tram et nouvelle ligne de métro). « L’ensemble des leviers régionaux seront mobilisés pour établir une nouvelle gouvernance climatique et faire de ces enjeux et ceux liés à la biodiversité un traceur des décisions régionales« , est-il stipulé en préambule de l’accord.

Voir ces belles promesses se traduire effectivement en actions concrètes encouragera peut-être les « désespérés climatiques » à ne pas baisser les bras. Et les ignorants, incrédules et insouciants d’embrayer le pas… Ils n’auront de toute façon pas le choix.

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