Allons-nous bientôt manger de la poudre à base de CO₂?

Fabriquée en laboratoire par l’entreprise finlandaise Solar Foods, la poudre protéinée "Solein" serait l’une des meilleures alternatives écologiques à la chair animale. Ses concepteurs ont prévu de demander une autorisation de commercialisation à l’Union Européenne cette année.

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« Une source de protéines naturelles révolutionnaire pour l’industrie alimentaire mondiale : adaptée à des régimes alimentaires variés et à tous les produits et types d’aliments », indique fièrement sur sa page d’accueil le site de la société Solar Foods, une entreprise spécialisée dans la technologie alimentaire dont le but est de produire de la nourriture sans l’aide de l’agriculture. Et la poudre « Solein », fruit de la collaboration avec le Centre de recherche technique de Finlande VTT et l’université de Lappeenranta, répond à cet objectif.

Produite à partir d’eau, d’électricité et de dioxyde de carbone, elle serait (d’après l’entreprise) 100 fois plus écologique que les autres sources de protéines animales ou végétales actuellement disponibles sur le marché. « Indépendamment des conditions météorologiques et de l’irrigation, Solein est une source illimitée de protéines qui ne connaît pas les limites de l’agriculture et de l’imagination », vante Solar Foods sur son site. Il suffirait de 10 litres d’eau pour produire 1kg de Solein, tandis que la production d’1kg soja en demande 2.500 et celle d’1kg viande de bœuf 15.500. D’après le CEO Pasi Vainikka, un kilogramme de Solein peut combler les besoins en protéines quotidiens de sept à dix personnes.

© Solar Foods

Une fabrication en laboratoire

Pour produire cette poudre écologique, les scientifiques récupèrent d’abord de l’hydrogène par électrolyse de l’eau. Ils y ajoutent du dioxyde de carbone et des nutriments comme du potassium, du sodium ou du phosphore. Le tout est ensuite confié à des microbes qui vont créer des protéines. Celles-ci sont enfin séchées pour être transformées en poudre. Ce processus permet d’obtenir un mélange à 50% de protéines, 25% de glucides et 5 à 10% de gras. Ce modèle de production s’apparenterait au processus de fermentation utilisé pour la fabrication de la bière. Il peut être utilisé pour produire de la nourriture dans des zones où l’agriculture est impossible comme « le désert, l’Arctique ou même l’espace ». La start-up travaille d’ailleurs avec l’Agence spatiale européenne pour fournir en nourriture les astronautes en mission vers Mars.

© Solar Foods

Quelle utilisation ?

Si l’innovation est intéressante, elle est loin de vendre du rêve. Ingurgiter de la poudre est gustativement moins intéressant que manger un poulet rôti ou un burger végétarien à base de soja. La méfiance des consommateurs face à un tel nouveau produit serait d’ailleurs l’un des principaux obstacles à sa commercialisation. En pratique, la poudre ne se mangerait en fait pas « pure ». D’après ses concepteurs, Solein peut être consommé de trois façons différentes : en supplément à des aliments existant (sur sa tartine ou dans une boisson par exemple), comme un ingrédient d’alternatives végétales à la viande – notamment dans les steaks végétariens -, ou comme une source renouvelable d’acides aminés, ceux-là mêmes permettant de créer de la viande de laboratoire. Au niveau du goût, celui-ci serait proche de la farine de blé.

L’objectif à long terme de l’entreprise est clair : fournir une source de protéines à 9 milliards d’êtres humains d’ici 2050, tout en diminuant l’empreinte carbone de notre alimentation. Cette commercialisation représenterait 500 milliards de dollars par an sur le marché des sources de protéines. Pour y arriver, Solar Foods a établi un plan d’action très précis. La demande d’autorisation d’un nouvel aliment à l’Union Européenne sera lancée cette année. Une fois cet objectif atteint, la société prévoit de commercialiser sa poudre d’ici fin 2021 et de produire, à l’horizon 2022, 50 millions de repas par an. 

Si ce projet voit réellement le jour, il s’agirait d’une avancée majeure dans la lutte contre le réchauffement climatique. En effet, au total, l’élevage animal représente 14,5% des émissions de gaz à effet de serre, tandis que la culture du soja est en partie responsable de la déforestation en Amazonie. Une zone d’ombre reste néanmoins à éclaircir : cette poudre serait-elle bonne pour la santé ? Aucune information à ce sujet n’est donnée par la société finlandaise. Si son objectif est de révolutionner notre alimentation, on espère que la réponse est oui…

© Solar Foods

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