Vacances : comment le Belge voyage-t-il ?

L’été est de moins en moins sacré pour voyager. Nos vacances sont désormais morcelées tout au long de l’année et se décident de plus en plus à la dernière minute.

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« Avant, on partait quinze jours en été dans un gîte en France et on faisait un midweek en baie de Somme”, explique Jacques, père d’une famille recomposée. Ses enfants sont adultes aujourd’hui. Et Jacques et sa com-pagne ont décidé de partir désormais en combi et en itinérance. “Maintenant à la première occasion et au moindre rayon de soleil, on part. On veut du simple mais souvent. On ne prend plus l’avion”, rapporte Jacques qui pratique un nouveau tourisme, plus lent, plus respectueux de l’environnement.

La tendance lourde est de partir plusieurs fois sur l’année et même plus d’une fois au cours de l’été pour un quart des Belges. La durée moyenne d’un voyage pour un résident belge est aujourd’hui de 6,5 nuits. Une durée qui se raccourcit d’année en année au fur et à mesure que les vacanciers multiplient les occasions de s’évader. On planifie moins. On aime partir au petit bonheur la chance. Les possibilités de piloter ses lieux de villégiature, ses transports et ses excursions en ligne démultiplient les envies et l’improvisation. Greg, qui n’a encore rien prévu, mise sur un last minuteen avion ou en voiture, tout dépend de ce qu’on trouvera”.

Pour Jacques comme pour beaucoup d’autres, les habitudes de voyage évoluent aussi en fonction de la structure familiale. Et l’été n’est plus aussi sacré qu’il l’a été par le passé. Yannic est partie en road-trip au Pays de Galles et en Écosse au printemps dernier. Elle déteste la foule. Ses enfants sont grands. Et c’est moins cher. Yannic ne voyagera donc pas cet été avec son mari passionné de photographie. Isabelle s’est envolée avec sa famille en hiver pour le Cap-Vert. Elle profitera surtout cet été de son jardin et de son potager. Les Belges sont de plus en plus nombreux à partir en décembre et un peu moins nombreux à se jeter dans la grande transhumance estivale. C’est pourtant difficile de résister à l’envie d’évasion quand on a l’impression que “tout le monde part en vacances”. Martin, qui restera sur le pont, “parce qu’il doit bien gagner sa vie” fera sa valise sans doute en septembre et à petit prix.

Un Belge sur quatre ne part pas

Quatre travailleurs sur dix restent désormais chez eux durant l’été. Soit parce qu’ils ne partent pas du tout, soit parce qu’ils privilégient d’autres périodes pour leurs vacances. On ne parle pas ici de ceux qui ne travaillent pas et n’ont pas droit à des congés payés. Ceux-là n’ont pas la chance de choisir. Globalement, un Belge sur quatre ne peut pas se permettre de partir en vacances, selon Eurostat. C’est moins que la moyenne européenne selon laquelle un Européen sur trois de plus de 16 ans n’a pas les ressources suffisantes pour partir en vacances une semaine. Les familles monoparentales, donc les femmes, sont évidemment plus souvent contraintes de passer l’été chez elles.

“Les vacances sont devenues un bien de consommation comme un autre et sont liées aux conditions socio- économiques de chacun, explique Daniel Bodson, sociologue de l’UCLouvain. Ceux qui ont du mal à simplement se chauffer ne partent évidemment pas. Mais le voyage s’est fortement démocratisé avec les formules low cost. L’avion, l’hôtel, la plage et le soleil sont aujourd’hui fournis à un prix défiant toute concurrence. Au-delà, vous avez une palette invraisemblable d’offres. Et ce ne sont pas les mêmes personnes qui vont se mettre sur les plages de Benidorm ou qui voyagent dans les fjords de Finlande.

Quand il fait ses valises, le Belge part huit fois sur dix à l’étranger, selon Eurostat. Il part plus d’une fois sur deux en voiture, qu’elle soit privée ou de location. L’avion vient ensuite pour plus de trois vacanciers sur dix. Les Belges, surtout les jeunes, expriment de plus en plus leur souhait de faire baisser leur empreinte écologique en vacances, mais les habitudes sont tenaces. Le train et l’autocar restent à la marge. Audrey a pourtant fait ce choix cette année. Elle ira une semaine en Bourgogne avec sa meilleure amie en train. “C’est une solution abordable, plus lente mais plus agréable.

Le pays, la nature, le prix

Selon une enquête d’Europ Assistance, pour la moitié des vacanciers belges, l’empreinte écologique est un critère important. Ils sont prêts à modifier leur comportement sur place pour cette raison. L’enquête ne dit pas à quel point les bonnes intentions se transformeront en actions concrètes. Le budget moyen du Belge pour ses vacances s’élève à 2.242 euros, d’après le baromètre d’Europ Assistance. Il part d’abord en France (32 %), ensuite en Espagne (19 %) et en Italie (11 %). Mais trois Belges sur dix s’envolent en dehors des frontières de l’Europe. Selon l’ABTO Travel Trends Report, les trois principaux facteurs qui influencent les Belges dans le choix de leur destination sont le pays, la nature et le prix.

Au rang des activités planifiées, les Belges sont les plus nombreux à plébisciter la visite d’une ville suivie par la plage et la nage. La randonnée intéresse plus de trois Belges sur dix. Il n’y a que 5 % de personnes qui déclarent qu’elles n’auront vraiment aucune activité. Dis-moi comment sont tes vacances, je te dirai qui tu es? “Les vacances sont un marqueur dans la hiérarchie sociale. C’est comme pour les voitures. Elles sont un élément constitutif de la personnalité. On a une voiture qui nous ressemble, qui est comme un prolongement de soi. Pareil pour les vacances. C’est un signe d’appartenance et une norme sociale dont il est difficile de se démarquer. Et les médias, quand ils ne parlent que de ça, renforcent cette tendance”, conclut Daniel Bodson.

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