#WhiteWednesdays: quand les Iraniennes se dévoilent pour protester contre le port obligatoire du hijab

Né en juin 2017, le mouvement #WhiteWednesdays prend de l’ampleur en Iran, à l’heure où plusieurs militantes sont toujours emprisonnées pour avoir osé s’opposer au port obligatoire du hijab.

© Ifrah Akhter / Unsplash

Glissant la main dans ses cheveux, une jeune fille marche dans la rue. Si la situation semble banale pour nous, la scène est loin d’être anodine en Iran où, depuis la Révolution islamique de 1979, le code vestimentaire iranien impose aux femmes de sortir tête voilée et le corps couvert d’un vêtement ample. Dans une vidéo postée hier sur Twitter, accompagnée du hashtag #WhiteWednesdays, on aperçoit plusieurs jeunes femmes, têtes dénudées, déambulant dans la rue. « Malgré les menaces et les humiliations, nous ne nous soumettons plus aux lois rétrogrades », affirment-elles.

Cette initiative trouve son origine dans le mouvement My Stealthy Freedom, fondé en mai 2014 par Masih Alinejad, une journaliste d’origine iranienne vivant aujourd’hui en exil aux États-Unis. Elle avait publié sur Facebook une photo d’elle-même sans son hijab. Un événement perçu comme l’élément déclencheur de ce mouvement encourageant les femmes à s’habiller comme bon leur semble dans un pays où leurs droits sont extrêmement restreints.

33 ans de prison, 147 coups de fouet

En mars dernier, lorsque l’avocate Nasrin Sotoudeh écope d’une très lourde peine pour avoir protégé des femmes apparues sans voile en public, le mouvement se transforme en #WhiteWednesdays. Le principe est de s’habiller en blanc et de retirer son hijab (le voile islamique) en public. L’avocate de 56 ans a été condamnée à sept ans et six mois de prison pour « collusion en vue de nuire à la sécurité nationale », 74 coups de fouet pour être apparue sans voile en public, un an et six mois pour « acte de propagande contre l’État », sept ans et six mois pour « appartenance à un groupe illégal », trois ans et 74 autres coups de fouet pour diffusion de fausses informations, deux ans pour trouble à l’ordre public et douze ans pour avoir encouragé la « corruption » et la « dépravation ». Soit un total vertigineux de 33 ans de prison et 147 coups de fouet…

© Belga ImageManifestation organisée par Amnesty International pour la libération de Nasrin Sotoudeh © Belga Image

Prisonnières

Organisée par l’Observatoire international des droits de l’homme (OIDH), la campagne White Wednesdays demande le droit pour les femmes de choisir si elles couvrent ou non leurs cheveux. Les « mercredis blancs » sont également un mouvement sur les réseaux sociaux (via le hashtag #WhiteWednesdays) destiné à sensibiliser la population à l’incarcération de plusieurs femmes, détenues dans des prisons iraniennes où elles sont fouettées pour ne pas avoir porté le hijab. C’est notamment le cas de Monireh Arabshahi, Yasaman Aryani et Mojgan Keshavarz, détenues depuis avril 2019 dans la prison de Shahr-e Ray prison, en dehors de Téhéran.

Monireh ArabshahiYasaman Aryani et Mojgan Keshavarz sont détenues pour s’être opposées publiquement au port du hijab.

Il y a deux jours, Amnesty International envoyait une lettre à Ebrahim Raeesi, l’un des plus hauts responsables judiciaires iraniens, demandant la libération de ces trois militantes anti-hijab. D’après l’ONG, les trois femmes ont été arrêtées arbitrairement sans aucun accès à un avocat. Leur arrestation a eu lieu le 10 avril, après l’apparition d’une vidéo publiée en mars lors de la Journée internationale des droits des femmes, montrant les militantes sans voile, en train de distribuer des fleurs dans le métro.

En Iran, les femmes sont régulièrement rappelées à l’ordre sur leur tenue vestimentaire par la « police de la morale » tandis que les hommes jouissent d’une certaine liberté à cet égard, comme le montre cette vidéo publiée sur Twitter par Masih Alinejad.

La journaliste est aujourd’hui exilée aux États-Unis, incapable de rentrer chez elle de peur d’être arrêtée et torturée. C’est donc à distance et à l’aide des réseaux sociaux qu’elle continue son combat en relayant par exemple les messages des activistes encore sur place.

D’après l’OIDH, ces multiples actions ont un impact sur la société iranienne. « Nous sommes à un point de basculement ultime pour les droits humains en Iran. Le mépris total des droits des femmes est épouvantable ; plus de 112 femmes ont été emprisonnées en 2018 pour avoir simplement exercé leurs libertés civiles et s’être opposées aux lois du hijab forcé. Il y a des vies en jeu et le chef du pouvoir judiciaire iranien peut exercer un changement positif en graciant Nasrin et tous ceux qui sont injustement détenus », a déclaré Valerie Peay, directrice de l’OIDH.

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