American Pie a 20 ans : ce que toute une génération lui doit (ou pas)

Le 9 juillet 1999 sortait sur les écrans le cauchemar des parents et le rêve des jeunes garçons. Graveleuse, bas de plafond mais terriblement humaine, la bande d'American Pie s'apprêtait à marquer une génération, voire deux.

American Pie a 20 ans : ce que toute une génération lui doit (ou pas)

On a tous pris vingt ans depuis la sortie du premier American Pie. Même la mère de Stifler. Et pourtant, on se souvient de la première fois que nos yeux d’enfants ou d’ados ont découvert les conneries de Jim, Kevin, Oz et « Pause Caca » dans un condensé d’humour potache et salace.

En plus de la certitude de rigoler grassement (si vous êtes un mec en tout cas), une nouvelle vision d’American Pie nous jette à la figure ces vingt années durant lesquelles nos habitudes de consommation et de pratiques (notamment sexuelles) se sont vues modifiées. Internet arrivait et annonçait la webcam et les heures de chat virtuel. Marqué dans son époque et annonçant la suivante, le film a joué sur plusieurs tableaux. A l’image des sites pornos qui commençaient à émerger à la sortie du film, il s’adressait principalement aux jeunes garçons nés au milieu des années 80. Mais – foi de 92 – le film américain est aussi resté ancré dans la rétine de leurs petits frères. Une certaine complicité s’était créée entre les deux générations : les grands rigolaient aux sous-entendus graveleux, les petits pouffaient en entendant parler de pénis et de nichons dans une VF pourrave restée gravée dans leurs oreilles.

Certains d’entre eux découvraient même le corps féminin au travers du strip-tease de la sculpturale Shannon Elizabeth qui fait encore aujourd’hui la joie « des Internets ». Une sorte de mise en abyme de cette nouvelle façon de consommer le sexe. Car American Pie fait le lien entre une époque où il fallait se déplacer au cinéma pour voir une femme se dénuder et la suivante où il suffit d’ouvrir son laptop. Le film créant en outre, avec le terme « MILF » (Mom I’d Like to Fuck), sans le savoir l’une des catégories les plus populaires du porn des années 2000.

Œuvre protégée

Encore plus qu’à sa sortie, American Pie est un film clivant. Il a permis à toute une génération de jeunes gamins en délicatesse avec leurs premières pulsions et leurs montées d’hormones un jeu d’identification à des héros d’abord nerds et obsédés, puis progressivement cools. Mais il aurait aujourd’hui beaucoup de mal à passer à travers les mailles du sexisme ordinaire, nettement plus dénoncé, à raison, qu’à la fin des années nonante.

Si American Pie a fait rire les ados qui se rêvaient mâles alpha, il a aussi mis de nombreuses jeunes femmes mal à l’aise de se voir réduites à l’état de fantasme et d’objet de (kê)quête, en tournant notamment en dérision des pratiques aussi détestables que l’espionnage d’une fille occupée à se déshabiller ou la moquerie institutionnalisée au lycée. Son statut d’œuvre culte et l’époque dans laquelle il s’inscrit protègent le film des frères Weitz des accusations les plus virulentes, mais, encore une fois, comme les sites pornos qu’il a participé à populariser, le sexe qu’il dépeint ne doit plus être pris pour argent comptant par les jeunes garçons qui le découvrent à l’heure actuelle.

Son audace et son courage (oui, on ose) de faire rire avec ce qui se fait de plus basique a cartonné. Comme le tout aussi culte Mary à tout prix réalisé par une autre fratrie, les Farelly, American Pie n’avait aucun problème à centrer ses ressorts comiques autour d’un accident de branlette, d’un jet de sperme ou de l’interruption d’un cunnilingus. La puritaine Amérique se remettait à peine du provoquant clip de Baby one more time de Britney Spears qu’ils découvraient Steve Stifler, ce psychopathe obsédé qui dans la vraie vie serait envoyé en prison ou en institution. Et cela rendait hilares les ados de l’époque, pourtant pas plus bêtes que leurs parents au même âge.

Humanité sans diversité

C’est aussi toute l’Amérique qui débarquait sur nos écrans européens, avec une intensité encore rarement atteinte. Le bal de promo, les lycées branchés, les fêtes dans les garages des énormes maisons de banlieue, les chambres d’ados avec télé et panier de basket, le punk-rock juvénile de la fin des années nonante (coucou Blink 182)… Exceptée leur maladresse avec les filles, tout faisait rêver dans la vie de ces ados américains qui n’avaient d’intérêt que l’éclate.

Notamment surpassé depuis par le fabuleux Super Grave de Gregg Mottola sorti en 2007, American Pie a posé les bases d’un type de comédie difficile à défendre mais terriblement efficace. Des comédies sauvées par la profonde humanité qui ressort des personnages (masculins), mais auxquelles on peut malgré tout reprocher le voile placé sur la diversité de cette jeunesse qu’elle veut mettre en lumière. Masculine donc, mais aussi blanche, de classe moyenne, hétéro…Si le pouvoir d’identification d’American Pie et de son héritage n’est plus à prouver, il demande aux minorités de faire preuve d’une grande capacité d’adaptation.

N’empêche, qu’on le veuille ou non, Americain Pie fait partie de ces films générationnels qui continuent à faire marrer et à voir une fois par âge. Les spectateurs nés dans les années nonante auront la chance de voir leur amour du film évoluer en même temps que leur vision de la vie, du sexe, des rapports hommes-femmes et du cinéma de genre.

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