Pénurie d’antibiotique à l’hôpital: « Cette rupture de stock illustre plusieurs problèmes dont celui du coût »

De plus en plus de médicaments sont en pénurie en Belgique dans les pharmacies...mais aussi à l'hôpital. Cette fois, cela concerne un antibiotique bien connu du grand public : le clamoxyl.

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« En raison d’une pénurie de matières premières pour le médicament Clamoxyl I.V.-I.M., la firme GSK ne peut produire que 40 % de la quantité qui est nécessaire chaque année. L’AFMPS et l’INAMI émettent des recommandations pour les pharmaciens hospitaliers et les médecins spécialistes dans les hôpitaux », explique l’Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS). Pour rappel, le Clamoxyl I.V.-I.M. (GSK) n’est disponible que de manière limitée depuis mars 2019 en Belgique, et cette situation devrait durer jusqu’à la fin de l’année. « Afin de trouver une solution à court terme à ce problème, une Task Force d’experts s’est réunie au sein du groupe de travail Indisponibilités », ajoute l’AFMPS.

Antibiotique important

Cette situation n’est pas normale pour le Dr Frédéric Frippiat, du service de maladies infectieuses et médecine interne générale du CHU de Liège et chargé de cours adjoint à la Faculté de Médecine de l’ULg : « L’amoxicilline fait partie, comme la pénicilline G, des antibiotiques de « première nécessité », en particulier pour leur spectre étroit et leur faible coût. Cette rupture de stock par « manque de matières premières » illustre plusieurs problèmes. »

Il en voit trois qu’il détaille : « Tout d’abord, la société GSK devrait expliquer comment il peut manquer de matière première pour un antibiotique vieux de près de 50 ans ». Il est, par ailleurs, évidemment inquiet pour le patient : « Son manquement va forcer les cliniciens à utiliser des antibiotiques à large spectre, comme la ceftriaxone ou l’amoxicilline: ceci va à l’opposé des principes de base du bon usage des antibiotiques. C’est un mauvais message pour les cliniciens. Cela risque de créer de « mauvaises habitudes » surtout qu’on nous annonce un manquement pour presque six mois. Ceci perturbe la crédibilité des groupes de gestion de l’antibiothérapie dont l’action est précisément de lutter quotidiennement pour un usage raisonné et raisonnable de ces médicaments. »

Importer le médicament, 13 fois plus cher

Pour lui, il reste une autre solution : « La possibilité d’importer l’amoxicilline, comme stipulé dans le texte émanant de l’AFMPS. Cependant, tout est fait pour nous décourager puisque la législation n’est pas adaptée… Actuellement, le prix d’un flacon du Clamoxyl IV Belge est de 0,986 €, mais l’équivalent importé serait de 12,6254 € soit 13 fois plus cher (!) Comme l’assurance maladie obligatoire ne rembourse pas le médicament importé, la question se posera de savoir si c’est le patient ou l’hôpital qui payera cette différence. A titre d’exemple, pour une endocardite à Enterocoque, il faut 2g 6X/j durant 42 jours soit 6363.2 euros si le produit importé », précise le Dr Frédéric Frippiat.

Il est temps que des décisions durables soient prises pour le bien des patients et la qualité des soins offerts par les médecins…

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