La petite histoire des vacances

Il y a 82 ans, les premiers congés payés étaient accordés. Une véritable révolution qui devait répondre à de très hautes aspirations fort éloignées de l'idée de paresser sur une plage.

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Plonger ses pieds dans l’eau de la mer, laisser les vagues aller et venir, sentir le sable se dérober entre ses orteils. Cette sensation, une poignée d’ouvriers l’a éprouvée pour la première fois lors d’un été mythique, celui de 1936. Les congé payés venaient d’être accordés. Longtemps, jusque dans les années 70, la plupart des Belges sont toutefois restés chez eux, se rendant tout au plus dans le village d’à côté pour visiter la famille.

Lentement, les vacances sont devenues synonymes de liberté individuelle tant les décideurs redoutaient les effets délétères de l’inactivité. « Des phrases sonnant comme des slogans revenaient régulièrement comme ‘l’oisiveté est mère de tous les vices' », rapporte Pierre Tilly, professeur à l’UCLouvain et à Saint-Louis. L’expert en histoire du syndicalisme tord au passage le cou à deux mythes: les congés payés n’ont pas été un combat mené de dure lutte par l’unique gauche. Les congés payés ont ainsi été institués dans des pays tant fascistes que communistes mais aussi par des majorités politiques d’orientation libérale. La Belgique n’a ainsi en rien été précurseur puisque la Pologne ou la Tchécoslovaquie avaient par exemple devancé notre pays.

Dockers d’Anvers et métallos liégeois

En Belgique, en 1936, l’époque est agitée, avec la grande dépression économique de 1929, la montée de l’extrême-droite et du chômage. Le Parti ouvrier belge est revenu au pouvoir mais dans un gouvernement de coalition et d’union nationale. En juin, les dockers du port d’Anvers partent en grève, et sont vite rejoints par les métallos liégeois et les mineurs. Les ouvriers réclament alors un revenu minimum, la semaine des 40 heures et les premiers congés payés. Le 8 juillet 1936, une loi est signée, sous le Premier ministre catholique Van Zeeland. Cette loi, assez incroyable, porte aussi la reconnaissance syndicale. Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que la mesure va se développer pour atteindre 2-3-4 semaines de congé avec un double pécule de vacances.

Dans le texte de loi, l’instauration des congés payés le sont pour des raisons tant physiologiques que morales. « L’effort de l’homme ne peut pas se prolonger indéfiniment sans préjudice pour sa santé. Il réclame au contraire des intervalles de relâche et de repos », explique le projet de loi. « Aujourd’hui, avec la mécanisation et la rationalisation, les conditions du travail salarié sont devenues telles, que pour sauvegarder la santé des travailleurs manuels et intellectuels, il est devenu, sinon nécessaire, au moins éminemment utile d’interrompre chaque année leur labeur par quelques jours de détente et de répit ».

Les vacances, au départ, ce n’était pas de la rigolade

Les congés payés devaient aussi restaurer « la grandeur et la dignité humaines des travailleurs ». Rien de moins. Preuve que le législateur était fort soucieux que ce temps de vacances soit bien occupé, il détaille « la possibilité pratique de faire une place dans leur vie aux préoccupations intellectuelles, civiques et morales de l’ordre le plus élevé ». Il s’agissait aussi de connaître le monde avec « ses beautés naturelles, ses richesses artistiques, ses manifestations diverses du génie humain ». Le législateur voulait même permettre aux travailleurs de participer à des congrès, des semaines d’études et des manifestations culturelles, philosophiques et religieuses.

C’est d’ailleurs dans cet objectif que les syndicats créent des centres de vacances et proposent très vite de l’éducation permanente. « Dès l’entre-deux-guerres, les deux principaux syndicats belges s’accordent sur la nécessité d’encadrer les vacances ouvrières afin que celles-ci ne représentent pas du temps perdu dans des distractions faciles, onéreuses et futiles, mais qu’elles constituent au contraire un temps utile dans une perspective d’émancipation ouvrière », souligne Pierre Tilly. Les syndicats socialistes notent alors que les vacances « ne constituaient pas matière à rigolade ». Les vacances passées sur le sable à se dorer la pilule étaient loin de l’esprit d’une loi qui donna le coup d’envoi du tourisme et ne fut jamais remise en question.

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