Nous sommes toujours aussi dépourvus face au harcèlement scolaire

Plusieurs suicides récents d'enfants victimes de harcèlement scolaire ont secoué la France. Chaque drame rappelle à quel point, chez nous aussi, il est difficile d'endiguer un phénomène destructeur, et pas seulement pour les victimes.

©Belga

On meurt du harcèlement. Et les enfants plus que les autres. Fin juin, la petite Evaëlle, onze ans, est retrouvée pendue dans sa chambre par son père. Son suicide a sonné comme le drame de trop en France. L’entourage de la jeune fille était au courant de son harcèlement et elle avait déjà changé d’établissement. Mais le mal n’a pas cessé pour autant. Une fois le mécanisme de harcèlement mis en marche, rien ne semble pouvoir l’arrêter. Et les mesures imaginées pour l’endiguer demeurent cruellement inefficaces, voire négligées.

Pourtant on ne peut plus dire que l’on ne sait pas. Le harcèlement scolaire est reconnu et quantifié. On estime qu’un jeune Belge sur trois a été victime, de près ou de loin, de harcèlement ou de violence à l’école. Un chiffre élevé qui s’explique en partie par la poursuite des moqueries une fois l’enfant revenu à la maison, via les réseaux sociaux. Parmi les victimes, ils sont encore peu à oser prévenir leurs parents ou le corps enseignant. Et ils peuvent difficilement compter sur les autres. Car si les enfants témoins du harcèlement de l’un ou l’une de leurs camarades n’agissent pas ou trop peu, c’est qu’ils se sentent eux aussi dépourvus face à une situation qui leur semble exceptionnelle. À l’instar des enfants brimés, les jeunes témoins considèrent le phénomène comme un tabou et rechigne à aller voir un adulte.

Tous touchés

Une étude australo-britannique parue en mai signale que les victimes de harcèlement ont 40% de risques en plus de développer une maladie mentale passés les 25 ans. Ils seraient également davantage amenés à être au chômage.

Mais elle révèle que le harcèlement a un impact au long cours sur les harceleurs eux-mêmes, susceptibles de devenir un conjoint violent ou un patron tyran. Enfin, et c’est plus surprenant, les enfants témoins de harcèlement en souffriront également sur le long terme. L’impuissance à révéler ce à quoi ils assistent demeure jusqu’à l’âge adulte, les rongeant comme un virus. Ils grandiront moins sûr d’eux, et feront preuve d’un manque criant de persévérance.

Sortir de la répression

En Belgique, la loi semble relativement bien protéger les victimes. L’article 442 du Code pénal prévoit que « quiconque aura harcelé une personne alors qu’il savait qu’il affectait gravement par ce comportement la tranquillité de la personne visée » risquera une peine de prison ou une amende. Mais cela ne vaut que pour les personnes majeures. Les mineurs effectueront eux principalement des travaux d’intérêt général. Légalement, les établissements scolaires sont également tenus de protéger les élèves et de réagir en cas de risques de harcèlement.

Bref, les mécanismes législatifs sont là. Mais les mesures de répression ont montré leurs limites, et les psychologues et associations de parents insistent aujourd’hui sur l’importance de la prévention. Ils précisent qu’il n’existe pas de profil type, ni du côté du harceleur, ni du côté du harcelé. Les dynamiques de groupes qui poussent certains enfants au suicide sont connues et se ressemblent grandement à chaque drame. Au lieu de punir un enfant qui risquera de se rebeller davantage et de tomber systématiquement sur des profs et des éducateurs trop peu formés à cette question compliquée, il s’agirait de les analyser en amont et éviter de dire que l’on l’avait vu venir sans rien faire.

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