Femmes indignes 6.0 résurrection: le groupe Facebook où les femmes sont réduites à des « lave-verges »

Les membres d’un groupe Facebook réunissant 56.000 hommes y publiaient des photos de femmes nues, sans leur consentement, accompagnées de propos misogynes, injurieux et dégradants. Une enquête a été ouverte.

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La liberté d’expression si chère aux utilisateurs d’Internet mène parfois au pire… En France, la brigade de répression de la délinquance sur la personne (BRDP) a été saisie en mai 2018 dans le cadre d’une enquête pour « injure à caractère sexiste » et « incitation publique à la violence en raison du sexe ». L’objet de cette investigation ? Un groupe Facebook baptisé « Femmes indignes 6.0. résurrection » comptant 56.000 membres et interdit aux femmes. « Chiennes », « escabeaux », « trous », « salopes »… les hommes de ce groupe enchaînaient les termes injurieux pour décrire les femmes. L’emploi du terme « LV » pour « lave-vaisselle » ou « lave-verge » (charmant…) est presque systématique. Grâce à une enquête du site 20 Minutes, on sait également que les membres de ce groupe y publiaient aussi de nombreuses photos de femmes nues, sans leur consentement, comme des « photographies, généralement prises de dos, pendant un acte sexuel ». Sous l’image d’une femme recouverte de bleus, les commentaires misogynes déferlent : « L’œuvre d’un grand dresseur de LV ça », « Encore une LV bien dressée », « LV corrigée bien comme il faut » ou encore « On ne peut qu’applaudir une si belle démonstration de dressage ».

Certaines remarques vont jusqu’à l’incitation au viol: « C’est quoi le point commun entre une LV et la loi ? Dans les deux cas, c’est plus simple de les violer que de les respecter ». D’autres banalisent la pédophilie: après avoir demandé à une jeune fille de lui envoyer une photo d’elle et s’être vu répondre « J’ai 12 ans monsieur », l’utilisateur répond: « Pas grave coquine, un trou c’est un trou ».

Enquête

En novembre 2017, le Collectif féministe contre le viol dépose une première plainte pour « atteinte à l’intimité de la vie privée » et « mise en péril de mineurs ». Certaines jeunes femmes prises en photo pourraient en effet être mineurs, rapporte 20 Minutes. Mais la plainte a été classée sans suite en février 2018. Un mois plus tard, une deuxième plainte est déposée par le même collectif et la brigade de répression de la délinquance sur la personne est saisie de l’enquête par le parquet de Paris. L’enquête de la BRDP, aujourd’hui clôturée, doit maintenant être analysée par le parquet.

Les photographies volées, les propos violents, sexistes, injurieux et l’incitation au viol ne semblent pas déranger Facebook.

Si Facebook se targue d’avoir supprimé le groupe il y a quelques mois, les raisons de cette clôture avancées par le réseau social sont plutôt surprenantes : « Le groupe secret ne respectait pas nos standards de la communauté en matière de nudité et de pornographie ». Les photographies volées, les propos violents, sexistes, injurieux et l’incitation au viol ne semblent donc par contre pas déranger Facebook… La plate-forme aurait été peu coopérante dans l’enquête de la BRDP et n’aurait par exemple pas révélé l’identité des administrateurs ou des membres les plus actifs.

Un autre obstacle est que ce genre de groupe se recrée facilement après une fermeture. La dénomination même de celui-ci (Femmes indignes 6.0 résurrection) prouve que le groupe n’en est pas à sa première renaissance… Il bénéficie également d’un compte Twitter créée en juin 2013 (et toujours actif). N’ayant plus tweeté depuis le 27 juin 2013, il ne comptabilise que 43 abonnés. L’aspect public du profil Twitter aurait peut-être inquiété les utilisateurs, rassurés par le côté « secret » de leur groupe Facebook où l’entre-soi permet d’insulter, dénigrer et humilier les femmes en toute impunité.

Chez nous

La Belgique a connu la même affaire il y a quelques années avec le groupe Facebook Babylone 2.0. destiné à partager des photos de femmes nues sans leur accord (un acte passible d’une amende de 1000€ en Belgique). Et même si la plate-forme a fait fermer ce groupe, d’autres se sont ensuite recréés par la suite… Il ne serait d’ailleurs pas surprenant que les ex-membres de Babylone 2.0. se soient retrouvés dans « Femmes indignes 6.0 résurrection ». L’abjection ne serait qu’un éternel recommencement…

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